La mauvaise nouvelle, c'est que le nouvel épisode de la série des Boys ne sauvera pas le box-office québécois d'une deuxième année maussade consécutive.

Publié le 9 déc. 2013
Marc Cassivi LA PRESSE

D'abord, parce que Il était une fois les Boys, à l'affiche depuis vendredi, fera l'essentiel de ses recettes aux guichets l'an prochain. Ensuite, parce que c'est un film bancal, qui n'est ni une comédie franche, ni tout à fait un film pour la famille, ni à proprement parler un film des Boys, mais un peu tout ça à la fois.

Cela risque de rebuter une partie du public naturel des films et de la série télé de la «franchise» (comme on dit au hockey). Il était une fois les Boys engrangera sans doute plusieurs centaines de milliers de dollars, voire quelques millions aux guichets, mais je crains qu'il n'ait pas le même succès que les quatre films précédents.

Pas parce qu'il est dénué de qualités - sa deuxième partie est plus inspirée -, mais parce qu'il ratisse trop large, joue sur trop de tableaux (le récit initiatique, le drame sportif, la comédie burlesque) et multiplie à tel point les clichés qu'il serait étonnant que le bouche-à-oreille ne tienne pas compte de tous ses défauts.

Ce cinquième épisode de la série, campé en 1967 alors que les futurs Boys sont adolescents, n'a ni le charme d'Histoires d'hiver de François Bouvier ni le rythme et l'efficacité des Pee-wee 3D d'Éric Tessier. La première réalisation du producteur et scénariste Richard Goudreau est archiconvenue, ses dialogues sont plaqués. On s'interroge sur sa direction d'acteur, tellement le jeu des jeunes comédiens est inégal et approximatif.

On ne s'habitue pas, du reste, à voir Marc Messier, Rémy Girard et autres Pierre Lebeau dans le rôle des oncles, pères et entraîneurs de personnages qu'ils interprètent à l'âge adulte depuis des années. Un peu de maquillage ne leur aurait pas fait de tort.

Tout ça pour dire que Méo, Bob et les autres ne sauveront pas la mise en fin de partie, comme certains l'avaient espéré. Il n'y aura eu qu'un seul «homme fort» au cinéma québécois en 2013: Louis Cyr. Un très bon film de Daniel Roby, traitant d'un héros populaire, parfaitement à la hauteur des attentes qui étaient pourtant très grandes. (Le mot-clé de cette dernière phrase n'étant pas «populaire», mais «bon».)

J'en entends déjà dire que les critiques boudent leur plaisir, n'encouragent pas le cinéma commercial, méprisent les comédies (refrain connu). Ce n'est pas le rôle des critiques, je le répète, d'«encourager» le cinéma québécois. Il y a la publicité pour ça. Notre cinéma mérite mieux que la complaisance de ceux qui ont pour travail de juger de sa qualité. Le public n'est pas dupe.

Une crise qui ne finit pas

Succès des Boys ou pas, le box-office total du cinéma québécois ne devrait guère compter en 2013 pour plus de 5 ou 6% des parts de marché, occupées principalement, bien sûr, par le cinéma américain. L'an dernier, le cinéma québécois n'avait même pas atteint les 5%, son pire résultat en une décennie.

Le pire est peut-être passé. Mais à la lumière des plus récentes statistiques, on constate que le cinéma québécois est toujours dans le creux de la vague en ce qui a trait à la fréquentation des salles. J'ai la vague impression que l'on n'a pas fini d'entendre parler de la «crise»...

En examinant la liste des quelque 25 longs métrages de fiction québécois à avoir pris l'affiche depuis un an, on constate que la plupart de ceux auxquels on prêtait un certain potentiel commercial se sont cassé les dents au box-office.

À commencer par Hot Dog, dont la prémisse tient (tiens, tiens) à une dent échappée dans le broyeur à viande d'une usine à saucisses. La comédie de Marc-André Lavoie constitue presque l'exemple parfait de ce qu'il faut éviter de faire pour sortir le cinéma québécois de sa «crise». C'est-à-dire réaliser un film à formule mettant en scène des acteurs et vedettes appréciés du public, n'ayant rien à se mettre sous la dent (s'cusez-la). Le public, je le répète, n'est pas dupe.

Malgré une sortie imposante sur 60 écrans, à grand renfort de publicité, la «comédie (autoproclamée) de l'été» n'a pu amasser que 370 000 $ aux guichets. C'est-à-dire 41 000 personnes. Attirer les gens au cinéma était pourtant sa principale mission, à moins que ses ambitions artistiques ne m'aient échappé.

Heureusement, d'un strict point de vue qualitatif, le cinéma québécois a plutôt fait bonne figure en 2013. Avec des films tels que Vic + Flo ont vu un ours de Denis Côté, Catimini de Nathalie Saint-Pierre, L'autre maison de Mathieu Roy, Les 4 soldats de Robert Morin, Sarah préfère la course de Chloé Robichaud, Une jeune fille de Catherine Martin, Chasse au Godard d'Abbittibbi d'Éric Morin ou encore Météore de François Delisle. Des propositions souvent plus «champ gauche», accueillies dans des festivals étrangers, qui ont parfois eu peine à trouver leur public.

On se console en voyant l'intérêt porté par le public québécois à des films comme Le démantèlement de Sébastien Pilote (300 000 $ à ses deux premières semaines) ou Gabrielle de Louise Archambault, qui a cumulé un box-office appréciable de 1,3 million, ce qui en fait le deuxième film le plus populaire de l'année.

On ne peut évidemment s'attendre à ce que tous les films dits d'auteur compensent le manque à gagner des films commerciaux qui ont fait chou blanc. C'est dans l'équilibre que l'on pourra régler la fameuse «crise» de notre cinéma. Et dans la qualité.

Pour intéresser un plus large public à notre cinéma, il faut souhaiter à la fois de bons films d'auteur qui enrichissent notre cinématographie et font rayonner notre culture, ainsi que de bons films à visée plus commerciale qui remplissent leur mandat.

Pour cela, il faut, comme le suggérait le récent rapport de la SODEC sur le cinéma québécois, miser sur la qualité des scénarios et sur l'éducation et la culture cinématographiques. Afin de nourrir le goût du cinéma, la cinéphilie, et permettre à des oeuvres qui en valent la peine d'être vues.

Car dans les faits, en faisant exception de Louis Cyr, qui a attiré plus de 400 000 personnes en salle, et Gabrielle, qui en a intéressé un peu plus de 130 000, aucun film québécois n'a atteint le cap des 50 000 spectateurs. Pendant ce temps à Occupation double...