Tous les soirs, à 20h, je l'entends de mon salon, la fanfare de fortune.

Mis à jour le 31 mai 2012
Marc Cassivi LA PRESSE

On dit de quelqu'un qui chante comme une casserole qu'il chante faux, comme le bruit sans harmonie de ceux qui tapent sur des casseroles. Cette fanfare de fortune, ce chahut métallique, est ce que j'ai entendu de plus harmonieux depuis le début de cette grève étudiante.

J'en suis à rêver que ces casseroles, que le symbole de leur tintamarre, celui de l'indignation, que la résonance de cette désobéissance civile par batteries de cuisine interposées, contribue à la résolution du conflit. Fleur bleue? Je plaide coupable.

Elle est belle, la musique des casseroles. C'est la musique émouvante d'un peuple digne et fier, qui refuse de se faire imposer l'injustifiable. Qui, face au mépris et à l'injustice, refuse de se taire. Et qui répond bruyamment, d'un même rythme, par esprit de corps, en canalisant sa colère. Générations unies, qui prennent la rue, en souriant, coude à coude, solidaires.

Elle est belle, la musique des casseroles, comme appui rythmique à une vidéo magnifique, réalisée par Jérémie Battaglia, en ligne depuis quelques jours, à l'appui d'une chanson d'Avec pas d'casque (Intuition #1). «Tu diras que c'est l'instinct qui t'a mené jusqu'ici», chante Stéphane Lafleur, sur des images monochromes de manifestants défilant, casseroles à la main, dans les rues de Montréal.

Elle est belle, la musique des casseroles jouant le même rôle dans une vidéo de l'auteur-compositeur montréalais Jason Bajada, The Sound Your Life Makes, en ligne aussi depuis quelques jours. «Jamais je n'ai vu Montréal aussi belle», écrit-il sur son site web. Moi non plus.

Ils sont nombreux, musiciens, cinéastes, bédéistes, gens de théâtre, artistes en tous genres, à être inspirés ces jours-ci par ce qui se trame dans la rue. À embrasser la résistance pacifique. À y contribuer. En ajoutant des notes au concert de casseroles.

Ariane Moffatt a donné le ton avec sa nouvelle version de Jeudi 17 mai, lecture poignante des manchettes du jour. Une chanson comme un manifeste: «Je n'invente rien/c'est Jean Charest qui parle/ce 17 mai au matin/je m'oppose à cette loi spéciale».

Urbain Desbois a transformé la chanson Madame Bertrand de Robert Charlebois en Madame Beauchamp (avant sa démission). «Mme Beauchamp, tout le monde a le droit se tromper/Et de faire des choses qu'on pourrait regretter», chante ce père d'une étudiante de 22 ans dans une vidéo rappelant Subterranean Homesick Blues de Bob Dylan.

Il y a une semaine, Damien Robitaille a mis en ligne Casseroles, une chanson folk engagée et humoristique qui commence et se termine, elle aussi, par le grondement des casseroles. «Si vous en avez ras-le-bol, tapez sur vos casseroles/Et si vous en avez marre, c'est l'heure du tintamarre/Nous ne sommes pas des casseurs, on fait juste un cri du coeur/Répondez à l'appel, sortez avec votre vaisselle!» Mais attention au téflon, ajoute en clin d'oeil l'auteur-compositeur franco-ontarien...

Cette semaine, dans un registre semblable, François Parenteau et Gaëtan Troutet ont lancé Anarchopanda, tu marches avec nous, pastiche d'une chanson pour enfants doublé d'une ode au militantisme du désormais célèbre prof de philo costumé, présent dans bien des manifestations. «Anarchopanda/Contre la tyrannie, tu marches avec nous/Si tout le monde voit que c'est nous les gentils/C'est un peu grâce à toi et tes bisous.»

«Anarchopanda, ton appui indéfectible et courageux à la cause des étudiants et de la justice sociale au Québec méritait amplement d'avoir une chanson thème, écrit François Parenteau sur la page Soundcloud de cette pièce sans prétention. Alors voilà mon humble cadeau à toi (avec un gros merci à l'ami Gaëtan Troutet pour sa généreuse contribution musicale et technique), un petit câlin musical. Et lâche pas!»

Hier, les artistes montréalais Navet Confit et Géraldine ont à leur tour fait paraître Dans un coffre de Charest, chanson électro inspirée par un slogan entendu durant les manifestations (et répété comme un mantra). En prenant toutefois quelques précautions. «Nous tenons à spécifier que ceci n'est pas un appel à la violence, écrivent-ils. C'est un appel à la réflexion, à la discussion et à votre sens de l'humour...»

Tiens, un peu comme une autre chanson, plus ancienne celle-ci, de Loco Locass. Que je fredonne spontanément depuis quelques jours et dont on se souviendra, je l'espère, le jour des élections...

Une collaboration Fantasia-FNC

En septembre dernier, le président de la SODEC, François Macerola, avait déclaré à mon collègue Marc-André Lussier vouloir regrouper les trois principaux festivals de cinéma de Montréal, le Festival des films du monde (FFM), le Festival du nouveau cinéma (FNC) et Fantasia.

Plusieurs ont cru, moi le premier, que l'ancien président de Téléfilm Canada rêvait en couleurs. Je n'ai pas changé d'idée. Mais voilà que le Festival du nouveau cinéma et Fantasia s'apprêtent à annoncer, mardi, la mise en commun de certaines de leurs activités, afin de réaliser des économies d'échelle. Un partenariat qui, de source sûre, n'équivaut pas à une fusion des deux événements.

Des rencontres ont eu lieu entre la SODEC et les dirigeants des trois festivals. Serge Losique, du FFM, a rapidement fait savoir qu'il n'était prêt à aucun compromis. Personne ne s'en étonnera. Le Festival du nouveau cinéma et Fantasia, qui ont des atomes crochus et restent ouverts à une collaboration accrue, conserveront leurs dates respectives pour le moment. Fantasia aura lieu du 19 juillet au 7 août. Le FNC, du 10 au 21 octobre.