Sur l'enseignement de l'anglais comme langue seconde, la ministre Malavoy n'a pas entièrement tort.

Publié le 23 oct. 2012
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Vrai, il faut y aller prudemment avant d'imposer à la largeur du territoire l'apprentissage de l'anglais dès la première année, trop d'enfants francophones maîtrisant mal leur langue maternelle.

L'anglais est enseigné dès la première année dans plusieurs pays européens, dont l'Italie, l'Autriche, la Norvège ou la Finlande. En France, alarmé par le faible taux de bilinguisme de la population, le ministre de l'Éducation proposait l'an dernier d'initier les petits de la maternelle dès l'âge de 3 ans.

Hélas, pour les raisons que l'on sait, au Québec francophone, la langue maternelle est beaucoup plus fragile que dans la plupart des pays auxquels on peut se comparer. Prudence, donc...

Vrai encore, il ne faut pas procéder n'importe comment dans l'apprentissage intensif de l'anglais en 6e année. Non pas que ce soit une mauvaise idée, bien au contraire. Tout est dans les détails.

Faut-il généraliser la formule, au mépris du fait que beaucoup d'élèves sont absolument incapables de suivre un tel programme? Faut-il implanter des projets-pilotes dans quelques milieux représentatifs de divers milieux sociaux? Ou faudrait-il plutôt procéder, dans chaque école, au cas par cas, en divisant les groupes en fonction de leur capacité à absorber le programme régulier en deux fois moins de temps pour se consacrer exclusivement, durant la seconde moitié de l'année scolaire, à l'apprentissage de l'anglais?

Cela se fait déjà dans plusieurs écoles, et il semble que les deux groupes y trouvent chacun son compte. Encore faudrait-il trouver une formule d'enseignement de la langue seconde adaptée aux élèves moins doués. Il existe sûrement des méthodes qui ont fait leurs preuves ailleurs.

Autre question, dispose-t-on d'un nombre suffisant d'enseignants qualifiés - idéalement, d'enseignants de langue maternelle anglaise? On a vu trop de classes d'anglais dirigées par des gens qui en savaient à peine plus que leurs élèves et qui étaient congénitalement incapables de prononcer un «th».

Mais cela, ce n'est pas la mer à boire. Le Québec a la chance d'avoir sur place un réseau scolaire anglophone doté de toutes les compétences requises. Nul besoin d'«importer» des enseignants! Il suffirait d'établir un système d'échange entre commissions scolaires pour que de «vrais» anglophones aillent enseigner leur langue aux élèves francophones.

En principe, donc, les questions que se pose Mme Malavoy n'ont rien de fantaisiste. Mais ce sont des questions qu'un minimum de volonté politique pourrait facilement régler.

Le problème, c'est que Mme Malavoy semble s'abriter derrière la nécessité de la réflexion pour refuser de passer à l'action, comme l'indique le lapsus par lequel elle a qualifié l'anglais de «langue étrangère», alors que l'anglais, loin d'être uniquement la linga franca internationale, est une langue enracinée au Québec.

Le gouvernement Marois a-t-il vraiment la volonté politique d'améliorer, tant en quantité qu'en qualité, l'enseignement de l'anglais dans les écoles publiques? Si c'est le cas, aucun des problèmes auxquels Mme Malavoy faisait allusion n'est insurmontable.

Une réforme sensée pourrait être amorcée dès l'an prochain, d'autant plus que la gestion des programmes est l'un des rares domaines où le gouvernement n'est pas entravé par son statut minoritaire. De toute façon, les partis d'opposition applaudiront à deux mains à toute initiative en ce sens.

L'enjeu en est un de réalisme, et aussi d'équité: si l'anglais n'est pas correctement enseigné dans les écoles publiques, où donc les enfants de milieux modestes, de même que ceux qui vivent dans des régions unilingues, pourront-ils l'apprendre?

Les familles friquées s'en tireront, en envoyant leurs rejetons dans des colonies de vacances ontariennes ou en leur procurant des cours privés. Mais les autres?