Celui qui va porter les couleurs du Parti socialiste contre Nicolas Sarkozy est un parfait inconnu sur la scène internationale, mais il fait partie du paysage politique français depuis plus de 30 ans. Ce qui n'en fait pas pour autant un «présidentiable» idéal.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

L'homme a l'air d'un notaire de province, sans la prestance d'un Jacques Chirac, sans le charisme de François Mitterand auquel il essaie désespérément de s'identifier. Dimanche soir, dans son discours de victoire, il a lancé qu'il voulait «réenchanter le rêve français»... mais dans sa bouche, cette envolée lyrique a quelque chose d'incongru, car François Hollande, personnage terre-à-terre et plutôt pragmatique, n'a rien d'un visionnaire.

Il passe mal à la télé et a tendance à fixer la caméra avec les yeux affolés d'un chevreuil surpris par les phares d'une auto. Face à Martine Aubry, dans le dernier face-à-face des primaires socialistes, il a eu la partie belle car cette dernière, visage fermé et langue de bois, n'était pas une rivale de taille. Mais avant d'affronter un animal politique comme Nicolas Sarkozy, il devra multiplier les séances d'entraînement.

Entré en campagne en mars, alors que DSK était encore le candidat rêvé de la gauche, François Hollande avait promis d'être un président « normal », proche du terroir, histoire de se démarquer à la fois de l'excentrique Sarkozy et du grand bourgeois cosmopolite qui allait être son principal rival aux primaires socialistes.

Mais une fois DSK disparu, ce qualificatif lui a nui, car qui dit «normal» dit aussi «ordinaire». Or, quel Français voudrait d'un type ordinaire comme président?

En réalité, François Hollande s'était injustement autodéprécié, car il n'a rien d'ordinaire. Sorti comme nombre de dirigeants français d'une Grande École élitiste (l'École nationale d'administration), superbement intelligent, doté d'un sens de l'humour très fin (autre signe d'intelligence), il a une feuille de route honorable quoique dénuée d'éclat.

Il n'a jamais été ministre. Il n'a aucune expérience en matière internationale. Il est député et président du Conseil régional de Corrèze - un titre qu'il a gagné de haute main car on est ici en territoire chiraquien, mais qui n'a rien pour le préparer aux fonctions présidentielles, la Corrèze étant l'un des plus petits départements du pays, et le plus endetté par-dessus le marché, ce qui jure avec ses promesses d'austérité budgétaire.

M. Hollande s'est surtout illustré en tant que secrétaire général du Parti socialiste, avec des résultats mitigés. S'il a réussi à maintenir un semblant d'unité au parti dans des conditions difficiles (défaite de Jospin, divisions lors du référendum sur l'Europe et de la présidentielle de 2007, etc.), il l'a fait en conciliateur davantage qu'en leader.

Il a eu l'art d'apaiser les querelles mais sans jamais prendre de position ferme. Martine Aubry, qui lui a succédé à la tête du PS, l'accuse d'avoir laissé le parti dans un état lamentable.

Son manque d'expérience gouvernementale est son talon d'Achille, de même que sa réputation (peut-être injuste) de velléitaire, laquelle a permis à Mme Aubry de l'accuser d'incarner «la gauche molle», une accusation qui concernait son caractère autant que ses positions politiques relativement modérées par rapport à l'aile radicale incarnée par Mme Aubry.

M. Hollande a contré les préjugés en se reconstruisant. Pour se faire prendre au sérieux, le «petit gros» dont les bonnes blagues faisaient rire tout le monde est devenu un homme svelte (presque maigre!) qui osait à peine sourire en public. Cette personnalité en quelque sorte empruntée est peut-être à l'origine de son inconfort à la télé. L'assurance que lui donnera sa victoire aux primaires devrait lui permettre de trouver son équilibre.