Il y a longtemps qu'on n'avait pas entendu un haut dirigeant de la Caisse de dépôt défendre avec autant de ferveur que ne l'a fait hier Michael Sabia la compatibilité du double mandat historique de la Caisse. Participer au développement des entreprises québécoises et générer des rendements pour bonifier le bas de laine des Québécois sont des activités qui vont de pair, a réaffirmé le PDG.

Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Michael Sabia est manifestement un fin politique. Une habileté qu'il a probablement développée durant les années où il a travaillé pour la haute fonction publique fédérale et qu'il utilise à bon escient depuis sa nomination à la tête de la Caisse de dépôt en mars 2009.

Son sens politique et son excellente maîtrise du français lui ont permis de surmonter rapidement la controverse entourant le fait qu'un anglophone prenne la direction de la plus importante institution québécoise.

Sa bonne compréhension de la réalité politique québécoise lui a fait prendre ses distances par rapport à ceux qui souhaitaient gommer le volet développement économique du double mandat de la Caisse. L'élection d'un gouvernement péquiste et les velléités très nationalistes de la CAQ quant au rôle que devrait jouer la Caisse lui ont donné raison de prendre le virage qu'il a pris.

Depuis deux ans maintenant, lorsque la Caisse publie ses résultats annuels, elle place en tête de liste de ses réalisations marquantes ses projets d'investissements au Québec.

Et 2012 a été une année de très forte activité pour la Caisse au Québec, particulièrement dans son rôle d'accompagnateur du Québec inc. dans ses projets d'expansion internationale avec CGI et Genivar, mais aussi Camoplast et Gildan.

Et mine de rien, depuis que Michael Sabia est en poste, le poids du Québec par rapport à l'ensemble du portefeuille de la Caisse n'a cessé de progresser.

En 2009, les investissements québécois comptaient pour 18,3% des actifs totaux de la Caisse. En 2010, ils sont passés à 20%, puis 20,5% en 2011 et on estime qu'ils représentent aujourd'hui 22% des actifs totaux de l'institution québécoise qui sont passés de 131,6 milliards en 2009 à 176,2 milliards cette année.

«On a plus d'argent investi au Québec qu'on en a aux États-Unis, qui est quand même la plus importante économie au monde», a souligné Michael Sabia hier durant la présentation des résultats de la Caisse à la presse.

C'est évidemment le portefeuille obligataire qui constitue le gros des placements québécois de la Caisse. Il s'élevait à 25,7 milliards en 2011. Les investissements dans des sociétés publiques québécoises totalisaient 3,3 milliards, les placements privés s'élevaient à 4,6 milliards et l'immobilier comptait pour 7,6 milliards. Les chiffres pour 2012 seront publiés dans le rapport annuel 2012.

Michael Sabia a insisté à plusieurs reprises hier sur le volet développement économique du mandat de la Caisse pour affirmer notamment que ce n'était pas une pression pour lui que d'avoir à investir au Québec.

«Ce n'est pas une obligation, c'est une occasion. On comprend très bien le terrain et avoir la bonne information, c'est la base de l'investissement», a-t-il dit.

En fin politique, Michael Sabia compte bien monnayer son parti pris québécois pour obtenir l'abandon du projet de création d'un fonds de blocage de 10 milliards que le gouvernement péquiste souhaite mettre sur pied pour venir en aide aux entreprises qui feraient l'objet d'offres d'acquisition hostiles.

Michael Sabia n'a pu s'empêcher de montrer son agacement face à ce projet du ministre des Finances Nicolas Marceau. «Est-ce qu'il faut développer ou protéger? On n'est pas dans la business de la protection et c'est en développant que l'on protège le mieux», a-t-il fait clairement fait savoir. Le credo nationaliste a ses limites.