Il n'y a pas que les baby-boomers qui s'ennuient des belles années de Jamais deux sans toi (la première mouture) ou des rires gras de Symphorien à Télé-Métropole. Le commerce de la nostalgie chatouille également la fibre hypersensible des jeunes téléspectateurs qui se souviennent à peine des premiers coups de patin de Pierre Lambert avec le National de Québec.

Mis à jour le 20 déc. 2013
Hugo Dumas LA PRESSE

Et la vague rétro grossit toujours. Tenez, la chaîne Prise 2, débrouillée pendant un mois, a concocté un autre spécial jeunesse prévu pour les 28 et 29 décembre. Au menu: Bibi et Geneviève, Le Club des 100 watts, Double défi et Télé Pirate. De toute évidence, on vise ici les jeunes biberonnés au Canal Famille, l'ancienne incarnation de Vrak.TV. Sans oublier le retour de Watatatow, qui ramène dans nos téléviseurs les cotons ouatés XXL, le fluo et les queues de cheval sur le côté.

C'est la popularité des reprises de la sitcom Radio Enfer de feu Canal Famille, toujours en ondes sur Prise 2, qui a allumé le grand brasier de la nostalgie au Groupe TVA. «On s'est rendu compte que Radio Enfer fonctionnait super bien sur Prise 2. On a ensuite ajouté Watatatow. Cette génération-là a aussi ses souvenirs. Oui, les jeunes d'aujourd'hui cherchent des émotions fortes, mais ils ont aussi besoin de moments réconfortants. Tout le monde aime se rappeler de bons souvenirs. Et la télévision jeunesse nous replonge dans un état où nous étions bien», explique Suzane Landry, la directrice des programmes du Groupe TVA, qui exploite notamment Prise 2. Cette chaîne dite feel good vise les 25 à 54 ans.

Nostalgiques purs et durs

Chez Télé-Québec, la deuxième incarnation du dessin animé Les mystérieuses cités d'or, destinée aux 6 à 8 ans, a charmé 209 000 téléspectateurs samedi à 18h. C'est énorme. Et ça dépasse des émissions populaires comme À la di Stasio ou Curieux Bégin. Vous vous doutez sûrement qu'une bonne partie de l'auditoire était composée de jeunes parents ou de nostalgiques purs et durs qui ont exploré les premières cités dorées au milieu des années 80.

Ce n'est pas moi qui vais démolir ces téléphages accros à leur passé cathodique. Jadis, je vous ai tellement bombardés d'articles sur Passe-Partout, quitte à en faire une overdose totale, que je serais bien hypocrite de dénoncer ce courant.

Toujours dans cet élan de nostalgie, la présentation du film Les douze travaux d'Astérix dans le cadre de Ciné-cadeau a procuré à Télé-Québec ses meilleures cotes de toute l'année: 428 000 personnes l'ont visionné en direct dimanche soir. Un dessin animé qui a été diffusé des dizaines et des dizaines de fois a encore réussi à battre la totalité de la programmation régulière de Télé-Québec des 12 derniers mois. Faut le faire.

Pour Lucie Léger, directrice de la programmation jeunesse de Télé-Québec, les films de Ciné-cadeau représentent l'équivalent télévisuel de la bouffe réconfort. «Ce sont des émissions doudous. C'est un moment de rassemblement en famille, comme décorer le sapin de Noël ou faire un échange de cadeaux. Et c'est devenu un rituel du temps des Fêtes de regarder Astérix ou les Dalton», remarque-t-elle.

Abondance de reprises

Du côté d'ARTV, le créneau de 18h accueille toujours une série destinée aux nostalgiques. Actuellement, c'est Le temps d'une paix, qui rallie 140 000 fidèles à Rose-Anna Saint-Cyr et Joseph-Arthur Lavoie.

Ailleurs sur les grands réseaux, Fort Boyard se réinstallera à TVA cet hiver. À Radio-Canada, Les enfants de la télé roulent sur des extraits trempés et roulés dans la nostalgie depuis quatre saisons déjà.

C'est indéniable: le monde autour de nous évolue à une vitesse fulgurante et le cycle des technologies s'accélère d'année en année. Il y a donc un côté rassurant à s'accrocher aux balises bien ancrées que représentent ces émissions imbibées de nostalgie. Par contre, avec cette abondance de reprises, arriverons-nous à créer de nouveaux classiques?

Dans 20 ou 30 ans, quelles émissions de 2013 regarderons-nous le coeur bourré de souvenirs, en disant: «Wow, c'était vraiment bon, je m'ennuie» ?

Pour 2014, on pourrait peut-être se souhaiter ça: avoir un peu moins la nostalgie des bonnes vieilles années de télé et être un peu plus curieux des émissions qui se créent présentement chez nous. Car la future télé nostalgique, c'est maintenant qu'elle passe.