Il y aura de très grandes absentes au concert de la télévision que représente annuellement le gala des prix Gémeaux. Vous n'y verrez aucune détenue de Lietteville. Ni aucun membre du personnel de la prison, d'ailleurs.

Hugo Dumas LA PRESSE

La période d'inscription pour la cérémonie de septembre s'est terminée au début du mois et aucune des émissions de Fabienne Larouche, Julie Snyder et celles produites à l'interne par TVA n'ont été soumises au jury. Le boycottage perdure. Pas de 30 vies, pas d'Unité 9, pas de Trauma, pas de La voix et pas de Banquier sur les listes de mises en nomination.

Absentes de la course aux prix, les Ève Landry, Micheline Lanctôt, Guylaine Tremblay, Catherine Proulx-Lemay, Céline Bonnier et Suzanne Clément ne monteront pas sur la scène, même si elles le mériteraient amplement, tout comme les auteures et les réalisateurs de ce superbe téléroman de Radio-Canada.

Pourquoi donc? Depuis plusieurs années, le fonctionnement même de l'Académie -qui orchestre la soirée des Gémeaux- est remis en question par un groupe d'influents dissidents, qui soulèvent des points plutôt valables. Un exemple? L'an dernier, l'auteur Serge Boucher, qui a pondu la meilleure série de l'année (Apparences), a été stupidement écarté des finalistes du meilleur texte dramatique par un comité de sélection anonyme. Quelqu'un dans ce petit groupe secret ne le blairait visiblement pas et le nom de Serge Boucher a été bêtement rayé. Comme ça, sans que personne ne justifie publiquement pourquoi.

C'est inacceptable. Surtout qu'Apparences a presque tout raflé en 2012: meilleure série dramatique, meilleur acteur (Alexis Martin), meilleure actrice (Myriam LeBlanc). Par contre, son auteur n'était même pas digne de figurer dans la courte liste des cinq prétendants au trophée? Totalement ridicule.

Le fiasco de l'exclusion de Serge Boucher a fourni d'autres munitions en or aux détracteurs de l'Académie qui allèguent que les dés sont pipés d'avance, que le vote des 1500 membres est contrôlé par Radio-Canada, etc.

En coulisse, on chuchote que le nouveau président de l'Académie, Richard Speer, le PDG d'Attraction Média, rame très fort pour rendre plus transparent le mécanisme d'attribution des statuettes dorées. Il aimerait notamment que le nom des participants aux comités de sélection apparaisse sur le site web de l'Académie, ce qui les forcerait à s'expliquer advenant une controverse comme celle de Serge Boucher.

Mais un paquebot comme celui des Gémeaux ne se retourne pas sur un 10 sous. Les efforts de Richard Speer ne seront pas visibles au prochain gala où Unité 9 ne raflera donc pas le titre du meilleur téléroman. Prédiction personnelle: c'est Mémoires vives qui se sauvera avec les honneurs, même si Unité 9 est de qualité supérieure.

Le plus étrange, c'est que l'on risque de voir triompher des interprètes d'Unité 9, dont la grande Guylaine Tremblay, au prochain gala Artis, le 28 avril, sur les ondes du réseau compétiteur TVA. Allez y comprendre quelque chose.

En théorie, Fabienne Larouche et Julie Snyder n'empêchent pas leurs «employés» de s'inscrire eux-mêmes aux Gémeaux. Mais en pratique, personne ne l'a fait. Précisons que s'enrôler aux Gémeaux coûte des centaines de dollars. Les acteurs en vue, qui gagnent bien leur vie, ne rechigneront pas à débourser le montant. Ceux qui en arrachent financièrement y penseront deux fois.

Dans un monde idéal, les Gémeaux fonctionneraient comme les Jutra, dont la fête se déroule dimanche soir à l'antenne de Radio-Canada. Aux Jutra, pas besoin de soumettre un quelconque formulaire ou de payer pour s'inscrire: tous les films respectant certains critères entrent automatiquement dans la course, dans toutes les catégories admissibles. «C'est beaucoup plus démocratique», note la directrice de Québec Cinéma, Ségolène Roderer, qui chapeaute l'organisation du gala des Jutra.

Évidemment, le volume de production télévisuelle est pas mal plus élevé que celui du grand écran. Reste que ça nous brisera le coeur de voir, en septembre, que personne d'Unité 9 ne sera applaudi ou célébré pour son excellent travail.

Peu importe, la plus belle tape dans le dos que vous pouvez actuellement donner à la talentueuse équipe d'Unité 9, c'est de les suivre semaine après semaine à Lietteville. Le reste, c'est de la ferraille qui accumule de la poussière, au final.

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