Les séries dramatiques et les téléromans n'ont jamais été d'aussi bonne qualité. Alors, pourquoi passons-nous notre temps à leur chercher le moindre petit pou? Pourquoi gaspillons-nous autant d'énergie à relever chaque petite invraisemblance dans une émission que, visiblement, nous adorons?

Hugo Dumas LA PRESSE

Cette observation, imprimée dans une chronique du magazine Entertainment Weekly, m'a piqué au vif: merde, je suis vraiment comme ça. Je suis ce téléspectateur pointilleux et tatillon, certains diront fatigant, toujours prêt à rouspéter contre le collet de chemise mal ajusté d'André Robitaille dans le générique d'ouverture de C'est juste de la TV.

Et à vous lire quotidiennement, je vous soupçonne d'être tout autant à cheval sur ces détails en apparence anodins, qui nous agacent tout de même.

Tenez, lundi soir, j'étais bien installé devant 19-2, une série que j'apprécie beaucoup, armé de mon téléphone intelligent et d'un Coke diète. Tout allait bien jusqu'à ce que Nick Berrof (Réal Bossé) remette à son collègue Chartier (Claude Legault) un modèle réduit d'une voiture de patrouille bleu et blanc. Sur l'emballage du jouet, c'était écrit: «voitures de police et service publique». Deux grosses fautes dans une courte description. Qu'est-ce que j'ai fait? Comme tout bon téléspectateur minutieux, j'ai reculé jusqu'à l'image incriminante, je l'ai prise en photo et mise en ligne sur Twitter. Pow, comme dirait Marie-Mai à La voix.

Le producteur Sphère Média m'a précisé qu'il s'agissait d'une erreur et qu'elle serait corrigée de façon électronique pour les versions du DVD et de Tou.TV. Après coup, je me suis senti vraiment chatouilleux d'avoir insisté sur cette broutille, alors que tout le reste de l'émission était impeccable. Mais c'était plus fort que moi.

Et c'est encore arrivé mardi soir, cette fois pendant le téléroman O' de TVA. L'avocat Théo (Paul Savoie) a remis à Samuel O'Hara (Guy Nadon) un document concernant la paternité de l'enfant qu'il a fait à sa maîtresse. Tout en haut de la lettre, c'était écrit Déborah Mill. Pas Déborah Mills, comme s'épelle le nom du personnage incarné par Fanny Mallette. Il manquait un «s» à la fin de Mill. Une peccadille, j'en conviens, qui m'a cependant dérangé.

Cette tendance à traquer la bête noire partout serait une conséquence directe de la montée en flèche de ce que les spécialistes appellent «le deuxième écran». De plus en plus de téléspectateurs visionnent maintenant leurs séries préférées tout en pianotant sur un ordinateur, une tablette ou un téléphone. Au moindre petit accroc scénaristique ou technique, bang, un gazouillis assassin ou message virulent sur Facebook.

Comme les grands réseaux tels que TVA et Radio-Canada épluchent tout ce qui défile sur les réseaux sociaux, nous, les téléspectateurs pointilleux, avons l'impression d'être entendus et compris. Avec ces moyens de communication instantanés, plus moyen de nous en passer une petite vite, en cachette. Ce qui passait dans le beurre en 2006 est dorénavant grossi et exposé à des dizaines de milliers d'internautes. Et les téléphages deviennent de plus en plus sophistiqués, exigeants et même ratoureux.

Autre exemple fascinant. Dans les dernières minutes de l'épisode du 15 janvier d'Unité 9, Marie et Shandy s'affrontaient dans l'élection pour la présidence du comité des détenues. Après le dépouillement, l'aumônier Georges a griffonné le résultat du vote «très serré» sur un bout de papier. Le nom de la gagnante ne devait être dévoilé que la semaine suivante. Mais vous savez quoi? Un téléspectateur futé a fait un zoom sur l'écran de télé et pris une photo où l'on pouvait lire assez clairement le nom de la nouvelle présidente sur la petite feuille: Marie Lamontagne.

Ce cliché s'est rapidement propagé sur Twitter, brûlant ainsi un punch du téléroman. Comme quoi, il ne faut jamais sous-estimer le fanatisme de certains boulimiques de télévision.

Plus la qualité d'une série est grande, plus la surveillance sur le web tend à devenir intense. Nous n'exigeons rien de moins que du gros calibre semaine après semaine. À la moindre baisse de régime, vous risquez de lire un «je l'évite» comme plus bas dans cette chronique. Oui, c'est un commentaire sur les éclairages dans Mémoires vives. On est pointilleux ou on ne l'est pas.

Je lévite

Avec Nathalie Coupal dans O'

On voit trop peu cette comédienne, je trouve. Après son rôle de femme d'affaires instable dans Mirador 2, la voici maintenant dans la peau de la psychologue de Charles O'Hara (Stéphane Demers). On espère maintenant que son rôle prenne de l'ampleur.

Je l'évite

L'éclairage intense dans Mémoires vives

Avez-vous remarqué à quel point tous les acteurs de ce téléroman de Radio-Canada ont le visage délavé par un éclairage vif, trop puissant? Les personnages ressemblent à des fantômes javelisés, qui pourraient tous jouer dans une publicité pour le lait. Attendez. Serait-ce ça, le secret de Mémoires vives? Tout le monde est mort et revient sur Terre sous forme d'ange à la peau diaphane?

Pour joindre notre chroniqueur: hdumas@lapresse.ca