Vous êtes accro à la cigarette parfumée au menthol, aux chaussures trop chères, à des sites coquins ou, pire encore, au Vivolo di Sasso? Pffft. C'est de la petite bière en comparaison avec les dames tourmentées que vous verrez dans la série Mon étrange dépendance, la traduction française de My Strange Addiction du réseau TLC, que Canal vie diffuse à partir de mercredi à 21h.

Publié le 3 mars 2012
Hugo Dumas LA PRESSE

Adele, 30 ans, de Bradenton en Floride, dévore le rembourrage des coussins de son sofa. En 20 ans, elle a ingéré l'équivalent de sept canapés et deux fauteuils, pour un total de 90 kg de mousse.

Oh! n'allez pas croire qu'Adele se gave d'une traite et qu'elle tombe au régime sec de bourrure par la suite. Elle en arrache plusieurs petits bouts et grignote, pendant la journée, l'équivalent d'une surface de 20 centimètres sur 30 centimètres. «La mousse jaune est la meilleure», confie Adele à la caméra, tout en s'enfilant trois ou quatre carrés de coussins. Sa section préférée? L'arrière et les coins.

Pour certains gourmands, une barre Mars par jour, au travail, au repos ou dans les loisirs, ça remplit un creux. Pour Kesha, 34 ans, de Chicago, c'est le papier de toilette qui assouvit ses fringales depuis 23 ans. Et Kesha préfère le double épaisseur, parce qu'il se digère aisément et qu'il se dissout plus facilement sur la langue. Elle en consomme un demi-rouleau... par jour. Kesha en conserve même une réserve dans la boîte à gants de sa voiture. La voir se goinfrer de papier-cul pendant 15 minutes lève le coeur.

Lori, 31 ans, d'Austin au Texas, ne peut dormir sans son séchoir. Si, si. Un vrai séchoir à cheveux, qu'elle dépose à son côté de son oreiller et qui lui souffle de l'air, à basse vitesse, pendant toute la nuit. Le bruit du moteur et la chaleur que l'appareil dégage la réconfortent et l'aident à s'endormir depuis 24 ans.

Avouez que présentement, vous ne croyez pas une miette (de coussin?) aux histoires tordues de Lori, Kesha et Adele. Pourtant, ces cas de dépendances extrêmes, d'abord exposés par la crédible chaîne Discovery Health, sont bien réels. Du moins, c'est ce qu'assurent les producteurs.

En même temps, c'est tellement gros, exagéré et absurde qu'on éprouve beaucoup de difficulté, comme téléspectateur, à détecter la gravité du problème et à ressentir de la compassion pour les protagonistes de Mon étrange dépendance.

Comment ne pas pouffer de rire quand la meilleure amie de Lori, notre accro au sèche-cheveux, lui dit sans la moindre trace de sarcasme: «Ton séchoir te mutile et il pourrait même te tuer» ! Par contre, si Lori s'injectait de l'héroïne, là, on trouverait ça pas mal moins rigolo.

Car chacune des mauvaises habitudes provient d'un traumatisme passé, nous expliquent les thérapeutes et psys qui soignent les patientes dans l'émission. Adele, celle qui se nourrit de mousse de coussin de sofa, a développé ce tic après le divorce de ses parents. C'est effectivement très triste. Puis, la mère d'Adele témoigne - sans rire - à la caméra: j'ai découvert la dépendance de ma fille à la mousse synthétique après qu'elle a mangé les épaulettes de mes robes (c'était, bien sûr, dans les années 80). Et vlan pour l'empathie.

Le cas le plus troublant est celui de Crystal, mère de cinq enfants et accro à la poudre à récurer de style Ajax ou Comet. Elle en ingurgite depuis 30 ans, car elle apprécie le goût et la texture de ce produit détergent. Les dents de Crystal ont toutes été érodées par l'absorption de ces cristaux abrasifs.

Mais comment quelqu'un en arrive-t-il à avaler du Comet sur une base quotidienne et trouver ça bon? Crystal a été victime de violence sexuelle en bas âge et a senti qu'elle devait nettoyer toute «cette saleté intérieure». Crystal consulte et prend les moyens pour s'en sortir. L'histoire finit bien.

Reste que plusieurs des cas présentés dans Mon étrange dépendance frôlent le freak show. Et comme la plupart des femmes filmées banalisent elles-mêmes leur accoutumance, on finit par consommer leur détresse comme un pur produit de divertissement.

Avouons-le, ce n'est pas très sain de se désensibiliser aux malheurs des autres comme ça. Que voulez-vous, quand cette émission est on ondes, je suis incapable de ne pas l'engloutir du début à la fin. C'est du crack télévisuel. Bon, c'est décidé, j'arrêterai de la regarder demain. Oui, c'est ça, demain.

Mais peut-être pas demain, finalement. Parce qu'ils vont nous montrer la fille de 24 ans qui suce son pouce en public et celle qui se délecte des cendres de cigarettes. Dans un mois, peut-être?

Je lévite

Avec le spectacle franglais You're Gonna Rire de Sugar Sammy à l'Olympia. C'est drôle, baveux, irrévérencieux et pas politically correct pour deux sous. Ça incarne parfaitement la diversité de Montréal. Et ce Sugar Sammy, beau bonhomme en plus, a un sens de la répartie ultra aiguisé et maîtrise tous les accents à la perfection. Encore mieux: il reste des billets.

Je l'évite

La pub de la boisson V8 V-Fusion. Une carotte qui se rase et qui veut sentir la banane? Vraiment? Êtes-vous certains, chers concepteurs publicitaires, que vous n'avez pas interchangé ce scénario - par inadvertance - et celui du prochain clip de Philippe Katerine?