Testé, ajusté et fignolé à l'extrême, le format d'On connaît la chanson cartonne partout dans le monde. Et il pétaradera sur les ondes de TVA tous les dimanches soirs de l'automne. C'est un succès garanti au palmarès BBM québécois. On prend les paris?

Hugo Dumas LA PRESSE

La première émission de cette adaptation réussie du concept américain Don't Forget the Lyrics, pilotée par Mario Tessier, s'ébranle ce dimanche à 19h. Installez toute votre famille devant le téléviseur et amusez-vous avec ce karaoké géant, qui nous replonge dans les belles années de La fureur. Même les danseurs survoltés, habillés en pourpre et bleu, ont été rapatriés.

Le concept d'On connaît la chanson est tout simple. Le concurrent pousse la note avec le band de David Laflèche tandis que les paroles clignotent à l'écran. Puis, quand la bande passante disparaît, il faut combler les trous dans le texte. Plus il y a de mots à placer, plus le montant à rafler gonfle. Le gros lot se chiffre à 200 000$ et certains s'y approcheront dangereusement, nous assure TVA.

La toute première joueuse, Patricia Morasse, 31 ans, de la région de Québec, a judicieusement été sélectionnée. Drôle, allumée et pas du tout gênée devant les caméras, c'est un catalogue musical ambulant. Bonus: Patricia chante juste, même en espagnol, et bien mieux que certains ex-académiciens.

Les catégories de chansons du tableau de Patricia se baladent entre années 60, années 70, interprètes féminines, étoiles montantes, musique latine, Québec rock ou «à la façon Michael Bublé». Pendant cette heure de télévision bien emballée, la concurrente s'époumonera notamment sur Un ange qui passe d'Annie Villeneuve, Les cactus de Jacques Dutronc, Si j'étais un homme de Diane Tell, Feel Happy de Véronic DiCaire et même Voyage de David Jalbert.

Bien sûr, et ça pourrait devenir agaçant comme au Banquier, l'histoire personnelle de la joueuse occupe un bon bloc de temps d'antenne. Son père, malade, l'accompagne en studio. Patricia souhaite le gâter. Vous devinez le reste.

Pour son premier projet d'animation en solo (donc sans José Gaudet), Mario Tessier passe le test haut la main. Pas de cabotinage, pas de gags un peu nonos comme en pousse trop souvent Philippe Bond à Price is Right, Mario Tessier laisse toute la place à la participante, sans essayer de lui voler la vedette.

Et ça paraît que Tessier aime se retrouver sur ce plateau illuminé avec la pastille blanche au centre. Il fredonne, tape des mains, exécute quelques pas de danse et donne des «high five» quand la joueuse enregistre une bonne réponse. Son enthousiasme est contagieux. Trop souvent, les animateurs de ce type de jeu télévisuel feignent d'être contents ou heureux pour les candidats. Pas Mario Tessier, juste assez empathique.

Aux États-Unis, c'est le comédien Wayne Brady qui a animé Don't Forget the Lyrics entre 2007 et 2009. Mark McGrath, chanteur de Sugar Ray, a repris le collier en septembre 2010 dans une version modifiée qui a finalement été torpillée ce printemps.

L'arrivée d'On connaît la chanson rouvrira sans doute le débat à savoir si nos réseaux ne se fient pas un peu trop à des concepts étrangers «clés en main» pour meubler leurs grilles. Autant à V, à TVA qu'à Radio-Canada, ces formats pullulent: Un souper presque parfait, Le banquier, Les détestables, Star Académie, Les enfants de la télé, Dieu merci, Les docteurs ou Tout le monde en parle, qui nous proviennent surtout d'Europe.

Vaut-il mieux programmer un format étranger adapté, qui procure tout de même de l'emploi à des équipes d'ici? Ou repasser un épisode de Dr House, Perdus ou Beautés désespérées, qui ne fait travailler personne chez nous? Et ces formats bloquent-ils toute forme de création québécoise?

Pour une grande chaîne, catapulter en ondes un format étranger qui a fait ses preuves un peu partout sur la planète, est pratiquement un gage de succès, alors que le concept québécois, peu testé sur des humains, peut souvent faire patate. D'où l'attrait de se tourner vers le format étranger, une valeur sûre.

C'est une situation très paradoxale. Notre télé ne peut pas vivre en circuit fermé, coupée du monde, mais en même temps, ce qui fait sa force, c'est son originalité, son audace et ses artisans. Au Canada anglais, les anglophones consomment de la télé américaine au kilo, au détriment des productions «maison» de CTV, Global ou CBC. Au Québec, les francophones dévorent majoritairement de la télé québécoise, fabriquée dans la province. À long terme, le format étranger pourrait-il neutraliser la spécificité de notre petit écran? Grosse question. Espérons que non.