J'ai toujours eu de l'affection pour les hockeyeurs négligés, mis de côté et un peu étranges (en bon français: les underdogs). Chez les Nordiques, au milieu des années 80, j'encourageais Blake Wesley, alias le Roux, ainsi que Tony McKegney, le seul Noir de l'équipe. Deux joueurs loin d'avoir changé le visage de LNH, mettons.

Publié le 20 nov. 2010
Hugo Dumas LA PRESSE

Sur une tablette de ma penderie, le chandail de super Tony - le vrai de vrai de l'uniforme des Bleus - repose encore bien plié, bien rangé et autographié en plus. Chez les frères Stastny, c'était Anton mon préféré, lui qui évoluait dans l'ombre de son frère superstar Peter, le célèbre numéro 26. Il patrouillait à l'aige gauche. Moi aussi.

C'est flou dans la boîte à souvenirs, mais je me souviens d'avoir patiné avec Anton, patiné étant un bien grand mot, car je me tenais péniblement bien droit sur les lames de mes Bauer usagés. Ça se passait lors des journées médias des Nordiques, où les journalistes sportifs (mon père couvrait alors le beat de l'équipe) amenaient leurs enfants sur la glace du Colisée pour fraterniser avec les vedettes du club.

Pour nous, étoiles montantes du novice B, c'était magique. Blake était là. Tony aussi. Et Anton-le-numéro-20, qui parlait français en plus. Wow.

Polis, dévoués et gentlemen, les trois frères Stastny, Peter, Anton et Marian, débarqués au Québec au début des années 80, ont été un modèle parfait d'intégration. Rien à voir avec les actuelles vedettes du Canadien de Montréal, incapables de bredouiller merci, allô ou kampaï dans notre langue.

Vous connaîtrez à peu près tout de ce trio talentueux dans l'excellent documentaire de deux heures consacré aux Stastny, que Télé-Québec a scindé en deux tranches de 60 minutes et dont la première passera le mercredi 1er décembre à 19h.

Et pas besoin d'être un fan fini de notre sport national pour s'intéresser l'histoire fascinante de ce clan slovaque. Le passage à l'Ouest des Stastny, comme celui de Sergei Koulikov dans Lance et compte de Réjean Tremblay, se vit comme un thriller sur fond de guerre froide, notamment quand le placide Peter panique dans les rues d'Innsbruck pendant deux heures, sans nouvelles d'Anton. Le plus touchant reste toutefois toute la trahison qu'a ressentie Marian, l'aîné du groupe, quand ses deux frères Peter et Anton ont déserté la Tchécoslovaquie sans lui, en août 1980. Marié et papa de trois jeunes enfants, Marian ne pouvait alors boucler ses valises pour l'Amérique.

Durant un an, Marian a été espionné par la police secrète communiste. On lui a interdit de jouer pour l'équipe nationale. Abandonné, amer et humilié, il rejoindra tout de même ses frangins l'année suivante.

Le rêve de Marcel Aubut de former un trio du tonnerre s'est alors concrétisé: Peter au centre, Marian à droite et Anton à gauche. Les Stastny ont fait vibrer toute la ville de Québec, éliminant même le Canadien des séries en mai 1985. L'auteur du but vainqueur? Peter, coiffé de son célèbre casque Jofa.

Le documentaire parle de Peter Stastny comme du Roger Federer de la rondelle, tandis qu'Anton était, selon Michel Villeneuve, le favori de ces dames. Les images d'archives, notamment celles de leur mère Frantiska, appuient parfaitement les entrevues des trois frères, qui s'expriment encore très bien en français, particulièrement Anton, qui partage son temps entre la Suisse et la Slovaquie, où il dirige une entreprise de fabrication de meubles. Seul Peter témoigne la plupart du temps en anglais à la caméra de Philippe Desrosiers.

Marian vit toujours à Saint-Nicolas, sur la rive sud de Québec, où il gère un petit hôtel et un terrain de golf.

Quant à Peter, une bonne partie de la deuxième heure, et c'est peut-être un peu trop, est consacrée à sa carrière politique de député au Parlement européen. Un rôle mineur, selon des experts, qu'il prend très à coeur. Faut le voir rabrouer un futur électeur, le traitant même de «primitif», pour comprendre que la diplomatie n'est pas son point fort. Et côté charisme, ça cloche également.

Les Stastny ont beau avoir pris leur retraite il y a plus de 20 ans, reste que leur dynastie se poursuit. Deux des enfants de Peter évoluent aujourd'hui dans la LNH: Yan, chez les Canucks de Vancouver, et Paul, au sein de l'Avalanche, soit les anciens Nordiques, mais ne rouvrons pas cette plaie, car il s'agit d'une blessure sportive encore très douloureuse.

Je lévite

Avec la première saison de Modern Family en DVD. Gros coup de coeur des derniers mois. Une sitcom où trois familles complètement différentes, mais unies, s'envoient des vannes, s'aiment, s'entraident, règlent des vieux conflits et en façonnent de nouveaux. Le tout écrit avec un humour fin, intelligent et sensible. Mention spéciale à Sofia Vergara, alias Glorrria, qui vole la vedette à chacune de ses apparitions.

Je l'évite

Le sous-titrage à Occupation double. Comment est-ce possible que des candidats majeurs et vaccinés s'expriment à ce point mal en français que la production doive constamment ajouter des sous-titres pour le téléspectateur décode ce qu'ils baragouinent? Les frères Stastny n'ont pas besoin d'être sous-titrés à la télé. Mais Jimmy, oui. Pas fort.

Pour joindre notre chroniqueur: hdumas@lapresse.ca