Trois heures. Les professeurs de sciences à l'université ne donnent que trois heures de cours par semaine. Travaillent pas fort fort, les profs, me suis-je dit.

Francis Vailles LA PRESSE

La mission des profs n'est-elle pas de former des étudiants? D'enchaîner les cours du matin au soir à raison de 25 heures par semaine, disons, auxquels s'ajoutent la préparation et la correction?

Eh bien non, justement. La mission principale des profs d'université n'est pas d'enseigner, mais de faire de la recherche. Vous aurez compris que je ne parle pas des chargés de cours, mais des professeurs en titre, titulaires d'un doctorat. Dans toutes les universités du Québec, les profs consacrent l'essentiel de leur temps à faire de la recherche.

À l'Université de Montréal, par exemple, les deux tiers des profs de sciences ont des projets de recherche actifs et n'enseignent donc que trois heures par semaine, en moyenne, estime Lucie Parent, directrice du GEPROM et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Ce constat permet de mettre en perspective les débats sur l'enseignement supérieur. Et de comprendre l'importance de la recherche dans toute la question de la qualité et du sous-financement des universités québécoises. Un chiffre évoque toute la problématique: en biologie, chaque étudiant de deuxième cycle coûte quelque 25 000$ par année en équipement (matériel de labo, animaux, logiciels, etc.)

Sans soutien adéquat, nos universités ne sont pas en mesure d'affronter la concurrence internationale. Samedi, je racontais l'impressionnant parcours des jumelles Gaudet, ces deux «bolles» du Québec devenues professeures à la prestigieuse Université Harvard, dans la région de Boston. En 2001, Rachelle Gaudet était prête à accepter le salaire plus bas offert par l'Université McGill, mais le fonds de recherche de départ de McGill, à 300 000$, était deux fois moindre qu'à Harvard. Meilleure chance la prochaine fois...

Hier, un autre prof québécois travaillant maintenant aux États-Unis m'a fait part de la même problématique. «Les ressources en recherche sont sans commune mesure avec le Québec, même s'il y a beaucoup d'autres avantages au Québec. Je peux vous citer une douzaine de cas», dit Luc Baronian, professeur assistant en linguistique à la Boston University.

C'est sans compter qu'aux États-Unis, les études de doctorat ne coûtent pratiquement rien aux étudiants. «À ma connaissance, non seulement aucun d'entre nous n'a jamais déboursé un sou, mais on était tous payés pour faire nos études: 15 000 à 25 000$ US par année, selon les domaines, avec allocation de recherche en plus. On blague parfois que notre recherche était facilitée en tant qu'étudiants aux États-Unis qu'en tant que profs au Québec! L'endettement universitaire américain se situe au premier cycle, presque exclusivement.»

Lucie Parent, du GEPROM, en sait quelque chose. Le 1er mars, elle doit soumettre une nouvelle demande de subventions à l'Institut de recherche en santé du Canada (IRSC). Il en va de la survie de ses travaux sur les mutations génétiques et l'arythmie cardiaque. À l'automne dernier, le projet de Mme Parent ne faisait pas partie des projets acceptés par l'IRSC, comme 83% des 2333 demandes. «Nous vivons un gros stress présentement», dit-elle.

La recherche universitaire est essentielle pour notre avenir. De cette recherche dépendent nos emplois de demain et d'après-demain et ultimement, notre avenir comme collectivité.

Par exemple, saviez-vous que les «yeux» du prochain télescope spatial James Webb, qui remplacera le Hubble en 2018, ont été conçus par une équipe dirigée par un prof-chercheur de l'Université de Montréal? Il a fallu 10 ans à René Doyon et à son équipe pour mettre au point leur instrument. Sans les fonds pour la recherche, les astrophysiciens du monde entier ne pourraient profiter de leurs travaux pour scruter les parties inexplorées de l'espace.

En cette ère de restrictions budgétaires, le gouvernement libéral avait cru bon d'augmenter les droits de scolarité des étudiants pour financer les universités. La pilule n'est pas passée.

Aujourd'hui, le gouvernement péquiste doute non seulement du sous-financement des universités, mais il a coupé les budgets et fonds de recherche, si cruciaux à leur développement. Hier, au Sommet, Pauline Marois a promis un réinvestissement dans la recherche au cours des prochaines années, mais à la lumière des récents gestes du gouvernement péquiste, je me sens comme Thomas, l'apôtre de Jésus: j'aurai des doutes tant que je n'aurai pas les preuves.

Bref, la recherche universitaire ne provoquera pas d'émeutes ni de concours de casseroles. Elle n'en demeure pas moins fondamentale pour notre avenir.