Montréal est devenue une ville de province quand on parle de sport. Je reviens de Boston, qui compte sur les Red Sox, les Patriots, les Celtics, les Bruins et les grandes équipes universitaires et collégiales. Ça, c'est une vraie ville.

Réjean Tremblay

À part le Canadien de Montréal, qui détient le monopole sur le commerce sportif et qui s'en sert outrageusement, il n'y a pas grand-chose de majeur à Géraldville. Le Grand Prix de Formule 1, la Coupe Rogers et juste en dessous, la course NASCAR de Normand Legault.

Sauf que cette année, avec Jacques Villeneuve et Patrick Carpentier s'affrontant sur le circuit Gilles-Villeneuve, on parle d'un évènement majeur. Important. Une épreuve et un défi que je veux couvrir. Je veux être sur place quand les deux Québécois vont s'élancer en piste pour la course. Villeneuve et Carpentier à Montréal, devant leur public, que demander de plus?

Le problème, l'injustice faite aux fans, c'est que les deux grands évènements ont lieu la même semaine. Pire, les deux grands promoteurs, Jean Laporte, président de Rogers et Normand Legault, président de Normand Legault, sont de bons amis.

«C'est la faute des Jeux olympiques, qui nous ont forcés à déplacer le tournoi de tennis. Non seulement on se retrouve avec la course NASCAR mais en plus, à cause des vacances de la construction, il y a plein de nos invités qui ne sont pas à Montréal», indique Jean Laporte.

La saison touristique est bien ordinaire pour les hôteliers. Normalement, ils auraient eu droit à un répit de deux semaines. Celle du tennis et celle du NASCAR. Même chose pour les restaurateurs. Et je ne parle pas des médias qui vont devoir diviser les espaces prévus à la couverture sportive. Hier, le directeur des sports du journal expliquait qu'il fallait prévoir comment on allait partager la matière recueillie par les journalistes. Qui aurait la manchette, qui aurait la une des sports, qui aurait l'honneur de la une des éditions à venir?

En temps normal, Villeneuve et Carpentier seraient des valeurs sûres pour les manchettes. En temps normal, Stéphanie Dubois et Ana Ivanovic auraient droit aux honneurs. Aujourd'hui, Jacques Villeneuve présente ses commanditaires alors que la belle Ana se présente sur le court vers 15h. Et en soirée, on aura droit à Maria Sharapova. Grosse compétition pour une présentation de commanditaires.

Parlant de commanditaires, on dirait que Jacques Villeneuve est pris avec la Loi de Murphy. Tout ce qui peut aller mal va aller mal. Je lisais dans le USÀ Today, dans son numéro de vendredi, que l'épouvantable situation économique qui secoue les États-Unis affecte grandement la commandite en NASCAR. Les Américains moyens sont cassés, ils achètent moins, ils perdent leur maison et tentent d'échanger leurs gros VUS pour des p'tits chars qui consomment moins. La business du NASCAR est frappée de plein fouet au moment même où les associés de Villeneuve tentent de compléter leur montage financier.

J'espère juste qu'il se trouvera au Canada et au Québec des compagnies qui vont trouver leur intérêt à s'associer à un pilote connu sur toute la planète. Et qui a encore un sacré coup de volant.

J'ai rencontré Sébastien Leblanc, l'autre Sébastien qui avec Sébastien Lareau a gagné Wimbledon et Roland-Garros en double à 17 ans. Le grand Sébas marchait au stade Uniprix avec deux beaux gamins d'une couleur chaude de chocolat très au lait: «J'ai quatre enfants, faut bien faire sa part», a-t-il dit en souriant. L'ancien champion a maintenant 32 ans et travaille dans l'entreprise de placements de son père, Guy Leblanc.

Par ailleurs, selon les informations recueillies, il semble qu'on va transformer quatre courts en ciment en courts de terre battue au parc Jarry. Toujours dans un objectif d'enseignement et de formation des jeunes joueurs. La meilleure façon pour apprendre à construire un point, c'est la terre battue. On ne peut pas corriger une erreur en tentant un coup gagnant désespéré. Faut savoir jouer.

Savoir jouer, c'est une affaire, jouer gagnant en est une autre. Je regardais Marie-Ève Pelletier contre Petrova en après-midi. La différence entre les deux joueuses était tellement énorme qu'on aurait dit une grande pro contre une amateur. Cela dit avec tout le respect au talent et à la détermination de Mlle Pelletier. Mais on ne parle pas de la même puissance, de la même compréhension du jeu et surtout de la même confiance en soi et en ses moyens.

Ça fait de la peine à écrire, surtout que j'ai vu Marie-Ève faire ses premiers pas à Roland-Garros, mais c'est la réalité.