Où envoie-t-on le touriste qui n'a qu'une heure à Montréal? Je posais la question la semaine dernière. Après avoir livré mes suggestions d'itinéraires pour touriste affamé, je vous demandais les vôtres en vous compliquant un peu la tâche : comment faire aimer Montréal en une heure à un touriste qui n'a pas faim?

Mis à jour le 23 juill. 2008
Rima Elkouri

L'idée, c'était d'avoir votre liste d'incontournables dans une ville dont la beauté ne se capte pas au premier coup d'oeil. Comment visiter une ville plus intéressante à vivre qu'à voir?

La récolte a été bonne, si bonne que je ne peux pas tout publier ici. Mises bout à bout, les suggestions d'une heure nous donnent un programme d'au moins un an de visites à Montréal.

Certains ont triché un peu en étirant l'heure ou en faisant quand même manger le touriste qui n'a pas faim. D'autres ont rappelé que ce qui compte à Montréal, ce n'est pas tant ce qu'on visite, mais comment et avec qui. D'autres encore en ont profité pour déplorer avec raison l'absence de «starchitects» à Montréal. À quand un grand projet, avec le Cirque du Soleil disons, au coeur du Quartier des spectacles?

Je commence par quoi? Par les classiques les plus souvent cités. J'avais déjà mentionné quelques incontournables comme le belvédère du mont Royal, le Vieux-Montréal pour les non-Européens, la place Riopelle, le Plateau-Mont-Royal (même si on le traite de tous les noms), le boulevard Saint-Laurent, quelques cafés et restos ici et là. Plusieurs ont ajouté à la liste une visite à vélo le long du fleuve jusqu'au canal de Lachine (c'est la suggestion qui est revenue le plus souvent). Il y a aussi le circuit Gilles-Villeneuve de l'île Notre-Dame à vélo ou à patins, le Biodôme (sans vélo ni patins, mais avec enfants), l'Oratoire Saint-Joseph (pour le coucher du soleil), les festivals l'été (pour l'ambiance), la basilique Notre-Dame, le Quartier chinois, la rue Saint-Denis, le parc La Fontaine, la rue Sainte-Catherine, le Vieux-Port, Habitat 67, le Stade olympique (certains ne sont pas d'accord avec moi pour dire qu'il est plus beau de loin), suivi d'un hot-dog «steamé» ou d'un smoked meat sur la Main.

Le secret dit «bien gardé» que tout le monde semble pourtant connaître? Le Jardin botanique, qui est l'un des plus importants du monde, comme le soulignent quelques lecteurs. Pour ses saules pleureurs d'une grande beauté. Pour son jardin chinois et celui des Premières Nations, entre autres.

Les terrasses avec les plus belles vues? Certains suggèrent la très haute perchée et archiconnue terrasse de l'Altitude 737, Place Ville-Marie. D'autres lui préfèrent celle du restaurant du musée Pointe-à-Callière. Un lecteur propose sa propre terrasse du Plateau, avec vue non pas sur Montréal, mais sur le Montréalais, c'est-à-dire ses amis maghrébins, asiatiques, haïtiens, français, américains, italiens, portugais, polonais, gaspésiens, saguenéens. Au menu : des conversations enflammées sur la beauté de Montréal, sur les raisons pour lesquelles tous ces gens y habitent.

Le meilleur plan avec un touriste français? Un lecteur vante le campus de McGill (prononcez «Mack Gill»). Le cousin aura l'impression d'être sur le campus de Harvard, comme dans les films. Ensuite, emmenez-le voir un gratte-ciel – n'importe lequel fera l'affaire s'il n'est jamais allé à New York.

Le meilleur plan pour le touriste épicurien? Une guide suggère une virée dans la Petite Italie avec arrêt au marché Jean-Talon et rue Dante pour les meilleurs cannolis en ville (chez Alati-Caserta, si vous aimez les mêmes que moi) et pour la quincaillerie Dante.

La suggestion originale «take a kayak»? Une lectrice qui propose au touriste de la suivre dans son quotidien peu banal de Montréalaise. «Je l'emmènerais faire du kayak sur la rivière des Prairies (derrière l'école Sophie-Barat) et puis en revenant, on suivrait la piste cyclable sur le joli boulevard Gouin jusqu'à Salaberry pour aller au Dollaraburger (coin l'Acadie), qui, malgré son nom et ses plats libanais, fait une excellente poutine.»

Les plus belles vues sur le fleuve et sur la ville? Un lecteur nous suggère l'escalade de la tour de Lévis à l'île Sainte-Hélène, qu'il qualifie d'incontournable inconnue. En sortant du métro, il faut passer devant la Biosphère avant de s'engager en pleine nature. La tour et ses escaliers de métal sont là. «La vue est époustouflante : le fleuve, majestueux, le centre-ville, le Vieux-Montréal, Hochelaga, la Rive-Sud, le site de l'Expo, Radio-Canada, tout est à portée de vue. Là, on peut expliquer notre histoire avec un grand H.» Il conseille d'accompagner le tout d'une tarte aux pommes maison et d'un petit apéro bien de chez nous. Pour une autre vue «imprenable», un lecteur mentionne la pointe est de l'île Sainte-Hélène «lorsque la Ronde est fermée». Ou encore la vue du pont de la Concorde.

Les suggestions hors des sentiers battus (plus intéressantes pour ceux qui connaissent déjà la ville)? Aller marcher dans une ruelle, au moins une, avec ses cordes à linge et ses escaliers extérieurs « qui par timidité s'enroulent sur eux-mêmes ». Se promener du côté des maisons somptueuses de Westmount. Aller, guidé par un «gars de l'Est» sur les traces des frères Dufresne et de leurs réalisations architecturales dans Maisonneuve (le Château, les bains Morgan, la caserne Létourneux) du temps où ce coin de la ville était un Westmount francophone. Ou encore se balader dans Saint-Henri en fin de journée «pour admirer les ruines de la Canada Malting et l'échangeur Turcot dans le soleil couchant». Je précise que la suggestion a été envoyée avant qu'un bout bétonné de l'échangeur Turcot décide lui-même d'aller se coucher abruptement, vendredi. Le port du casque est désormais recommandé pour cette visite.