En 2012, près de 100 milliards de textos auront été envoyés au Canada. Ce nombre spectaculaire n'est pas dur à croire lorsqu'on constate l'hypnotisme et l'insouciance que le texto provoque chez ses utilisateurs les plus dépendants: conduite erratique, piétons texteurs qui se font happer et décrépitude inquiétante du français écrit chez les plus jeunes.    

Publié le 17 déc. 2012
Marc-Olivier Gagné
L'auteur est un gestionnaire de Trois-Rivières
LA PRESSE

Si on se fie aux statistiques, le fait que les fournisseurs de services mobiles facturent dorénavant l'envoi de SMS n'a en rien réduit l'ampleur du phénomène toujours en hausse. Alors que les gouvernements recherchent désespérément des revenus, une taxe, imposée au-delà d'un certain nombre de messages, me semble la seule solution pour rééquilibrer l'utilisation de ce mode de communication.

De par mon métier, je parcours au-delà de 60 000 kilomètres sur la route par année. Bien que la loi qui interdit l'usage du téléphone cellulaire au volant soit en vigueur depuis plusieurs années déjà, je constate quotidiennement un nombre incalculable de délinquants. Je remarque chez les autres conducteurs que le simple fait de parler au téléphone réduit l'analyse du flux de circulation.

Cependant, ce n'est rien en comparaison des «texteurs» qui souvent, sont bien plus dangereux que les conducteurs aux facultés affaiblies, ce qui est pourtant un acte criminel. Malgré la multitude de décès et blessures graves que les textos ont causés, combinée au risque d'une amende salée, rien ne vient à bout de ce phénomène en croissance.

D'ailleurs, pour mesurer l'ampleur du problème, il ne faut que regarder les autres automobilistes, arrêtés à un feu rouge, pour en voir des dizaines par jour retarder la circulation lorsque le feu repasse au vert.

Par ailleurs, l'accident du fils de Michel Barrette nous expose de façon éloquente que même à pied, texter peut conduire à se retrouver au centre de traumatologie. Ainsi, bien que le danger de mort et d'amendes ait été démontré plusieurs fois, il semble clair que le message ne porte pas.

Dans un autre ordre d'idées, les plus jeunes peuvent s'envoyer aisément plusieurs milliers de textos par mois. Ce chiffre effarant nous pousse à réfléchir aux conséquences de l'utilisation démesurée de ce moyen de communication. Effectivement, il ne s'agit pas d'un mauvais moyen de communication en soi, mais il est difficile à croire qu'envoyer 4000 textos par mois favorise la communication interpersonnelle. La formidable langue française s'en retrouve misérablement utilisée et il ne s'agit en rien d'un moyen d'en favoriser la préservation.

De nombreux professeurs ont clairement manifesté leur exaspération face à cet appareil qui est parfois utilisé pour tricher lors des évaluations. En bref, il est à mon avis hasardeux de laisser ce mode de communication devenir un standard chez les jeunes puisqu'il s'agit d'un moyen facile pour évacuer les mauvaises nouvelles plutôt que de faire face en personne aux conséquences.

En définitive, je pense qu'une taxe, appliquée au-delà d'un certain nombre de messages - par exemple une centaine -, permettrait de rendre l'utilisation de cet outil de communication plus judicieuse. Dans un tel cadre, cela reviendrait en quelque sorte à une taxe de luxe puisque le message texte n'est pas un besoin essentiel.

En considérant l'état des finances publiques, il n'est pas si loin le jour où les possibilités de hausser taxes et impôts seront épuisées. Et cette taxe ne brimerait en rien la qualité de vie des gens à plus faibles revenus, contrairement à la multiplication des machines de loterie-vidéo. L'Union européenne avait étudié la question en 2006, mais l'avait rejetée d'emblée. Devant la situation économique actuelle, et future, je parierais fort que cette question reviendra sur la table bientôt, autant en Europe qu'ici.