L'instabilité financière accrue par la décision inattendue des Britanniques de quitter l'Union européenne exerce de nouvelles pressions sur les taux des obligations émises par les pays des économies avancées.

Publié le 22 juill. 2016
Rudy Le Cours LA PRESSE

Il faut payer pour détenir des obligations venant à échéance dans deux ans émises par l'Irlande, la Suède ou l'Espagne. Les taux négatifs sont offerts pour des échéances plus longues au Japon ou en Allemagne. En Suisse, une obligation de 30 ans offre un rendement nominal d'à peine 0,03 %.

Dans ces conditions, les obligations canadiennes représentent de véritables mines d'or pour les investisseurs : 1,12 % pour une échéance de 10 ans et même 1,75 % pour une de 30 ans.

Pour l'épargnant, c'est encore bien peu quand le taux annuel d'inflation se situe à 1,5 %, mais rares sont les pays jouissant de la meilleure note de crédit auprès de toutes les grandes agences de notation à offrir autant !

Voilà pourquoi les investisseurs étrangers se ruent sur la dette canadienne. En mai, ils en ont acheté pour 17,3 milliards, révélait hier Statistique Canada. De janvier à mai, ils en ont acquis pour plus de 55 milliards.

Les lendemains du référendum britannique ne peuvent que soutenir cette tendance, estime Warren Lovely, directeur général de la recherche et stratégie, secteurs publics, à la Banque Nationale. Les investisseurs institutionnels du Royaume-Uni affectionnent le marché canadien depuis des lustres et plusieurs choisissent sagement de déplacer une partie de leurs titres à revenu fixe libellés en livres sterling vers les obligations du Canada, dont la stabilité politique paraît plus sûre avec l'élection d'un gouvernement majoritaire à Ottawa, normalement en place jusqu'en 2019.

Bien sûr, les échéances de deux ou trois ans sont les plus recherchées. Ce sont d'ailleurs celles-là que la Banque du Canada privilégie dans sa gestion de la dette canadienne.

Cela permet en outre aux administrations provinciales de concentrer leurs émissions dans des échéances plus longues, celles de 10 et de 30 ans. Cela facilite la planification du service de la dette.

Comme les titres provinciaux offrent une prime de rendement sur les obligations du Canada, ils sont aussi très prisés par les investisseurs étrangers. De janvier à mai, ils en ont acquis pour 4,8 milliards. Là encore, il est probable que l'engouement ait persisté jusqu'à maintenant.

Depuis longtemps, les provinces financent une partie de leurs besoins financiers sur les marchés étrangers. Ainsi, le Québec a emprunté en dollars hongkongais et australiens durant le printemps.

Selon M. Lovely, les prêteurs étrangers sont revenus participer aux émissions lancées sur le marché canadien et libellées dans notre monnaie.

Il est toutefois bien difficile d'identifier ces investisseurs, même si les mouvements de capitaux permettent de supposer qu'ils viennent d'Europe, d'Asie (lire la Chine) et des États-Unis.

Chose certaine, le Québec s'est montré très actif la semaine dernière. Il a réalisé pas moins de cinq émissions, dont deux à l'étranger.

Sur le marché australien, il a emprunté l'équivalent de 80,7 millions pour une durée de 10 ans. Il s'agit de la sixième émission dans cette échéance sur ce marché et celle pour laquelle il consent le taux le plus faible, soit 2,74 %. En avril, l'emprunt avait été contracté au taux de 3,463 %.

Cette année encore, Québec a sollicité avec succès le marché américain. La semaine dernière, l'emprunt de trois ans à taux variable a permis d'amasser 1,163 milliard (en dollars canadiens).

Sur le marché canadien, une nouvelle tranche de 500 millions de la souche venant à échéance en 2026 procurera un rendement annuel de 1,972 % au prêteur. À noter que Québec avait dû consentir 2,369 % pour pareille tranche, le 26 avril, et 2,164 %, le 13 juin.

L'attrait particulier du Canada jumelé à l'appréciation de la rigueur budgétaire par les agences de crédit permet au Québec de servir sa dette à moindre coût. Ses taux consentis sont désormais les mêmes que l'Ontario dans l'échéance de 10 ans et à peine cinq centièmes plus chers dans celle de 30 ans.

À taux variable, Québec a levé enfin 710 millions pour une durée de six ans et 250 millions pour cinq ans.

Avec cette offensive, le Québec a déjà complété 60 % environ de son programme d'emprunts pour 2016-2017. Cela le place en excellente position pour préfinancer en partie ses besoins d'emprunts de 2017-2018, estimés à quelque 16 milliards.