La reprise des travaux parlementaires à l'Assemblée nationale vient éclipser l'étude détaillée de l'important projet de loi 77 qui refond la Loi sur l'immigration, dont la dernière mouture remonte à 1994.

Publié le 13 févr. 2016
Rudy Le Cours LA PRESSE

Après la commission Bouchard-Taylor, dont le rapport est en partie tabletté, après le projet avorté de charte des valeurs québécoises, après le constat du recensement de 2011 selon lequel la majorité des résidants de l'île de Montréal n'ont pas le français comme langue maternelle, l'immigration est plus que jamais un enjeu socio-économique de premier plan.

Les mémoires présentés en commission parlementaire se divisent grosso modo en deux sous-ensembles : ceux qui mettent l'accent sur la protection de la langue française et ceux qui préconisent un meilleur arrimage entre les nouveaux arrivants et les besoins de main-d'oeuvre.

Sans surprise, on retrouve dans le premier camp des groupes comme le Mouvement Québec français qui revendique notamment que l'objectif de l'immigration soit de « maintenir la proportion de la population du Québec ayant le français comme langue d'usage en public ».

Le gouvernement doit donc sélectionner avec soin ses nouveaux arrivants tout en s'assurant que les allophones se francisent.

La difficulté, selon la Fédération des travailleurs du Québec, c'est que le projet de loi 77 « semble davantage inspiré d'une volonté d'allégement aux bénéfices stricts des entreprises qui souhaitent accélérer le recrutement des personnes immigrantes à la grandeur du Québec ».

En réalité, le gros des immigrants aboutit à Montréal et, un peu, dans la région d'Ottawa-Gatineau. Le reste du Québec demeure très pure laine et imperméable aux enjeux de l'immigration.

Le mémoire de la chambre de commerce du Montréal métropolitain se veut conciliant en apparence. Il insiste à la fois pour que l'immigration soit une réponse adéquate et efficace aux besoins des entreprises tout en favorisant l'intégration à la société québécoise.

Mais la priorité de la Chambre est limpide : « Bien que la valeur accordée à la maîtrise du français dans les critères de sélection doive demeurer élevée, celle-ci ne doit pas faire en sorte qu'on se prive de travailleurs immigrants qui détiennent les qualifications et compétences recherchées par les employeurs de la région. »

Le paragraphe suivant du mémoire apporte cette précision : « La connaissance de l'anglais comme langue seconde représente un critère très important aux yeux des employeurs de la région métropolitaine de Montréal. »

Malgré ce glissement dans la subjectivité, l'ensemble du mémoire formule des recommandations constructives pour favoriser l'apprentissage approfondi du français, sans aller jusqu'à recommander qu'il soit la langue de travail, même si la loi 101 aura 50 ans l'an prochain.

L'enjeu linguistique de l'immigration économique sera toujours source de tensions. Aussi est-il essentiel de bien comprendre de quoi au juste l'on parle.

En ce sens, le mémoire de l'économiste Pierre Fortin est à la fois lumineux et habile puisqu'il évite d'opposer le français aux contraintes économiques réelles ou alléguées.

Il fait ressortir que l'immigration avantage d'abord et avant tout les immigrants eux-mêmes, même si c'est moins vrai qu'avant. « Ce sont les immigrants eux-mêmes qui captent la hausse du PIB qu'ils génèrent, expliqua-t-il. Il est peu probable que le gain que les natifs tirent de l'immigration, s'il y en a un, soit très important. » En outre, elle représente un coût pour l'État dont l'importance dépend de la vitesse à laquelle les nouveaux arrivants intègrent le marché du travail, ce qui est plus long au Québec qu'ailleurs au Canada.

L'immigration n'est pas non plus une solution au vieillissement de la population. Il faut plutôt chercher du côté de l'indexation de l'âge de la retraite.

L'immigration peut cependant aider à régler des pénuries particulières de main-d'oeuvre. Tout réside alors dans l'art de la sélection.

Il n'y a toutefois pas de pénurie généralisée qui justifierait d'ouvrir grand les portes ou de baisser la garde en matière d'intégration.

Le professeur Fortin prend à contre-pied les lobbies d'employeurs en insistant pour qu'ils s'engagent activement dans la lutte contre la discrimination dans l'embauche d'immigrants.

Il se dit partisan de l'interculturalisme préconisé par la commission Bouchard-Taylor et rejette le multiculturalisme canadien traditionnel.

« Il faut moduler notre hospitalité en fonction de notre capacité d'absorption culturelle, politique et sociale. »

Est-ce une préoccupation des employeurs ou du gouvernement actuel ?