Voici un homme qui revient enchanté d'un voyage de deux semaines dans le Sud. Il a subi une légère commotion cérébrale, a souffert de gastroentérite pendant trois jours et a subi une terrible humiliation sportive. Il rêve d'y retourner le plus vite possible.

Publié le 12 déc. 2013
Ronald King LA PRESSE

Lester Martinez a appris à jouer au rugby dans le quartier Saint-Henri de Montréal. Le projet d'un enseignant du coin, Paul Saint-Onge, a occupé les gamins turbulents du quartier et formé une génération de rugbymen où on ne les attendait pas.

Lester Martinez, donc, arrivé du Guatemala avec sa famille à l'âge de 1 an, est aujourd'hui, à 30 ans, le joueur étoile du club Parc O. de l'est de la ville. Un club qui fête ses 30 ans, justement.

Et comme le monde du rugby est tricoté serré, Stéphane Hamel, un des dirigeants du club, a reçu un jour un appel d'Amérique centrale: on lui demandait de prêter sa star à l'équipe nationale du Guatemala pour un tournoi important. «Nous fêtons notre 30e anniversaire avec un premier joueur international!», dit Hamel, pas peu fier.

Il s'agissait pour le petit pays d'assurer son classement mondial.

Martinez raconte: «Il fallait affronter le Costa Rica, l'Équateur et le Salvador pour mériter notre place dans la deuxième division régionale.»

Il faut savoir qu'en Amérique latine, le rugby est pratiqué par les classes aisées, dans des écoles et collèges privés, un peu pour imiter la France et l'Angleterre. L'équipe de l'Argentine, par exemple, est classée parmi les 10 meilleures au monde.

«Mes coéquipiers étaient des étudiants d'une école française à Guatemala City, raconte Martinez, et comme j'étais le plus âgé et le plus expérimenté du groupe, j'étais un peu leur coach.

«Ils m'ont donné le numéro 8 (l'équivalent du quart-arrière au football américain), une position que je n'ai jamais occupée à Montréal. C'était dur.

«Je ne sais pas pourquoi, mais les Costaricains étaient très déplaisants. Quand on le croisait dans la rue, ils étaient snobs. Mais les Équatoriens et les Salvadoriens étaient sympathiques... C'est drôle, chaque pays a une façon de parler espagnol assez différente des autres...

«Nous avons remporté une partie et perdu les deux autres, dont une par un score que je ne te dirai même pas. J'ai trop honte.

«Les Costaricains, qui étaient plus âgés que mes coéquipiers, se sont mis à quelques-uns pour régler mon compte sur le terrain. Ils ne m'ont pas manqué.» Ce rude gaillard parle d'une «petite commotion cérébrale...»

«C'était un beau voyage, toutes dépenses payées, avec quelques dollars de per diem. J'aurais payé pour y aller.

«Nous sommes cinq enfants à la maison, je suis le troisième et le seul à aimer le sport. J'étais le mouton noir de la famille, celui qui n'arrête jamais de bouger, qui a trop d'énergie.

«Mes parents n'ont jamais été d'accord pour le rugby. Ils me demandaient d'abandonner. Mais maintenant que j'ai représenté le Guatemala, ils sont fiers!

«Pendant mon séjour, je suis parti en voiture, j'ai roulé toute une nuit pour aller voir ma grand-mère. Je ne l'avais pas vue depuis 15 ans. Elle m'a tout de suite reconnu! Elle pleurait. Je ne voulais pas qu'elle pleure, parce qu'elle est malade. Ça m'inquiétait. J'ai eu le temps de déjeuner avec elle et je suis reparti pour la capitale, où je devais prêter serment au Guatemala.»

Lester est revenu à Montréal dimanche et il parle déjà de ses prochains matchs au Guatemala en février.

«Les joueurs là-bas sont plus en forme et plus rapides que notre bande au Parc O. Je dois m'entraîner sérieusement dans mes temps libres.»

Notre homme est travailleur de la construction et il habite toujours dans le sud-ouest de la ville.

«Pendant ma jeunesse à Saint-Henri, mes amis étaient tous des Québécois francophones. Alors pour faire partie du groupe, j'étais souverainiste comme eux...»

J'ai rencontré Martinez au bar L'Barouf, un repaire de rugbymen où ses coéquipiers étaient fiers de leur collègue international. Lui pensait plutôt à récupérer son cher chien...

«J'aimerais te souligner qu'en 2012, je n'ai pas joué de l'année à cause d'une jambe cassée pendant un match. J'ai failli abandonner le rugby, mais j'ai été patient, je me suis rétabli.

«Je n'aurais jamais connu ce beau voyage dans mon pays d'origine si je m'étais laissé aller. Je suis fier de mon retour au jeu...»