Ma vieille amie qui fut longtemps ma voisine d'en face, une anglophone qui ne lit pas La Presse, vient de me demander si j'avais écrit sur Mandela et, sans attendre ma réponse, elle se met elle-même à me parler de Mandela. Quel homme extraordinaire dans sa simplicité! dit-elle. Quel homme extraordinaire de simplicité.

Publié le 10 déc. 2013
Pierre Foglia LA PRESSE

Ma vieille amie, qui a été fermière toute sa vie, en connaît un bout en terme de simplicité. Je ne crois pas me tromper en disant que de son point de vue - comme de celui de bien des gens de coeur -, la simplicité n'est pas simplement la qualité de ce qui n'est pas compliqué. La simplicité est la vertu-valise qui contient presque toutes les autres vertus, mais surtout la bonté.

Mais alors, ai-je demandé à mon amie, en quoi M. Mandela est-il si extraordinaire? J'aime croire que la simplicité et la bonté qui l'accompagne sont partagées par des milliards d'êtres humains, pourquoi pas par M. Mandela aussi? En quoi M. Mandela est-il extraordinaire de simplicité, cette vertu commune à des milliards de gens?

Avec ce brin de malice dont elle ne manque pas, ma voisine fermière d'observer: la simplicité est une belle vertu quand on mène un troupeau de vaches, elle devient une vertu extraordinaire quand on mène un pays, à plus forte raison quand on influe à ce point sur le destin de son pays...

Devenu président de son pays, M. Mandela a appelé à la réconciliation. Il a demandé aux 40 millions de demi-esclaves maintenant affranchis de pardonner. Alors que flottait dans l'air une odeur de sang, Mandela a appelé à la réconciliation et au pardon. C'est sans doute par là qu'il a été le plus grand.

Et le plus humble. Le pardon n'est-il pas la moindre des choses pour le plus humble des chrétiens.

Les milliards de gens qui le pleurent aujourd'hui reconnaissent en lui... la meilleure part d'eux-mêmes, celle qui pardonne, qui réconcilie. Ainsi, nous serions tous un peu des Mandela. Mais oui, Rob Ford aussi. Lui aussi, je vous prie de le noter, est extraordinaire de simplicité.

Ma voisine est partie à rire.

(Ce n'est pourtant pas si drôle de confondre comme le font si souvent les électeurs - pas seulement ceux de Toronto - de confondre simplicité d'esprit et simplicité de coeur).

LES CHAUFFEURS D'AUTOBUS - Dans la chronique de samedi, je parlais d'un grand duc de près d'un mètre de haut. Hauts cris de plusieurs lecteurs qui ont lu dans le même guide d'oiseaux que le mien (Le guide Peterson) que le grand duc d'Amérique mesure entre 45 et 63 centimètres.

Se pourrait-il qu'il en soit des grands ducs comme, je ne sais pas, moi, des chauffeurs d'autobus? Y en a des grands, y en a des petits, des chauves? Pourquoi tous les grands ducs devraient-ils faire 63 centimètres, manger de la mouffette à heures régulières et être hétérosexuels?

Des lecteurs s'inquiètent aussi de la mouffette. Vous avez dit qu'elle s'était réfugiée sous votre auto, mais après? Je sais pas après. Tout ce que je peux vous dire, c'est que la Yaris pue en sacrament.

Je disais aussi - citant la revue Time - que le python de Birmanie avait disparu de Birmanie. Faux, me corrige un lecteur (Alain Gingras), qui a déjà tenté, à moto, de rallier la Chine par la Birmanie orientale (Myanmar)... «Un peu avant Kengtung, un python qui faisait la largeur de la route m'a barré la route...»

Hé hé! Moi aussi, je suis déjà allé à Kengtung, mais pas à moto, en autobus; je me souviens, le chauffeur devait bien faire deux mètres de haut...

AVOIR OU PAS LES MOYENS - Parlant du prix unique du livre, je disais samedi mon amour des librairies, je parlais de librairies d'ici, mais aussi de Bagdad, Skopje, Nantes, Paris...

Plusieurs ont fait semblant de comprendre que j'allais acheter mes livres à Paris et à Nantes plutôt qu'au Costco. Penses-tu qu'on a les moyens de voyager comme toi?

Faites-moi pas chier, voulez-vous? Cette année, j'ai moins voyagé que la moyenne de mes lecteurs. Je suis allé en reportage en Irak et deux fois à Lac-Mégantic. Skopje, c'était en 1999 pour la guerre du Kosovo. Paris, c'était en transit au retour de Bagdad. Nantes, je m'étais échappé du Tour de France il y a trois ans. Ce que je dis, c'est que où que j'aille, à peine posées mes valises, je suis déjà rendu à la librairie du coin. Vous, c'est quoi? Les Champs Élysées? Ah non, c'est vrai, vous, c'est la Provence.

Parlant de moyens, la dernière fois que vous avez acheté une auto, c'était quand? Moi, ça fait sept ans: la Yaris qui pue. La dernière fois que j'ai acheté des meubles, c'était y a 150 ans. La dernière fois... c'est juste pour les livres et la confiture que je dépense plus que vous. Ça s'appelle faire des choix.

Et comme chaque fois que je parle de livres, il y a tous ceux qui me traitent de snob sans comprendre qu'en ces domaines - littérature, poésie, essais -, le chroniqueur d'un grand média ne peut pas être snob; pour les littéraires, les vrais, le chroniqueur d'un grand média est forcément un joyeux tata...

L'autre jour, j'achète un livre, j'arrive au bureau, je trouve dans ma case le même livre, que l'auteur m'avait envoyé avec un petit mot qui disait ceci: «À vous qui m'avez déjà fait l'honneur de ne pas me lire...»

C'était dit plaisamment. Reste que je pourrais citer ici 10, peut-être 20 auteurs qui reçoivent comme un compliment de passer sous le radar des grands médias. Et il y a plus snob que ceux-là encore! Pour toucher au sommet, vous devriez lire un jour un petit essai sur la littérature-devenue-communication-merdique, cela s'appelle Langue fantôme de Richard Millet. On en a beaucoup parlé pour les scandaleuses 20 dernières pages, sans intérêt d'ailleurs. Attardez-vous aux 100 premières.

N'allez pas vous étouffer là.