Il y a toujours eu une certaine tension entre Montréal et Québec, symbolisée, par exemple, par la rivalité entre les Canadiens et les Nordiques. Mais au-delà du folklore sportif, cette rivalité repose sur des éléments tangibles.

Mis à jour le 9 déc. 2013
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Un ressentiment des gens de la capitale à l'égard de la métropole, plus grosse, plus influente, une certaine jalousie envers ses privilèges. Et à l'inverse, un peu de condescendance de la métropole, mais surtout de l'irritation à l'égard de la culture gouvernementale fermée aux réalités montréalaises qui émane de Québec.

Mais ce qui me frappe depuis longtemps, c'est à quel point les fondements de cette rivalité sont insignifiants quand on les compare aux éléments de complémentarité entre les deux villes. Je le sais d'expérience. J'ai habité plusieurs années à Québec, où j'ai défendu avec vigueur l'importance de développer la capitale. Et à Montréal, j'ai défendu avec autant de passion l'importance du développement de la métropole. Et je n'ai jamais vu de contradiction entre les deux enjeux, bien au contraire, convaincu que les succès de l'une nourriraient ceux de l'autre, qu'on était capables de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.

C'est cette complémentarité que les maires Régis Labeaume et Denis Coderre ont reconnue en formant une alliance entre les deux villes. Enfin. C'est bien plus qu'un rapprochement qui reflète les affinités naturelles entre les deux hommes. Cela annonce un changement beaucoup plus profond des rapports de forces politiques au Québec.

Cette alliance était nécessaire parce que le rôle des villes a changé. Souvenez-vous de la dernière campagne électorale municipale à Montréal. Est-ce que les candidats parlaient d'ordures et de déneigement?

Non. La campagne a plutôt porté sur des enjeux moins prosaïques: développement économique, environnement, aménagement, culture, transports en commun, pauvreté, immigration. Des responsabilités en principe fédérales ou provinciales, mais dans lesquelles un maire doit absolument s'investir, sans avoir les ressources ou les pouvoirs nécessaires, et sans être reconnu comme interlocuteur par les ordres de gouvernement supérieurs.

Et voilà pourquoi les villes doivent se serrer les coudes. Pour résoudre des problèmes comme celui des régimes de retraite municipaux, mais pour prendre la place qui doit être la leur. Mais toutes les municipalités ne sont pas égales. Ces nouveaux rôles interpellent surtout les grandes agglomérations. Dans le cas du Québec, sa seule grande ville, Montréal, et sa seule ville moyenne, Québec.

Dans l'absolu, Montréal pourrait mener cette bataille seule. Mais dans le contexte politique québécois, Montréal est trop coupé du reste de la province pour compter sur une écoute attentive du gouvernement québécois. Il a besoin de Québec à ses côtés, une ville qui est un pôle pour plusieurs régions, mieux vue de la machine gouvernementale. Des concessions qui ne passeraient pas si elles n'étaient consenties qu'à Montréal, deviendront plus acceptables si elles sont aussi destinées à Québec.

Québec, de son côté, ne pouvait pas grand-chose seul, et souffrait depuis des années de l'inertie des maires montréalais. L'alliance avec Montréal peut lui permettre d'obtenir davantage, en ressources ou en autonomie. Cela est justifié par le fait que même si la région de la capitale reste modeste avec ses 750 000 habitants, son rayonnement, son influence, ses ressources, ses attraits dépassent largement ce que l'on trouve habituellement dans d'autres zones urbaines de même taille, comme Albany, aux États-Unis, ou Winnipeg, au Canada.

Cette alliance forme donc un «nouveau joueur», comme l'a dit M. Coderre. Si les deux villes se serrent les coudes, avec leurs 4,5 millions d'habitants, plus de la moitié de la population du Québec, chacune à l'extrémité du couloir le plus achalandé au Canada, leurs universités, leurs secteurs de pointe, ce nouveau joueur pourra être redoutable.