Le projet du ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, d'imposer une nouvelle formule aux provinces si elles veulent profiter d'un fonds destiné à la formation de la main-d'oeuvre, a été interprété ici comme une attaque directe contre le Québec.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

La «subvention canadienne pour l'emploi», annoncée dans le budget fédéral de jeudi dernier, consiste à prendre les 500 millions versés aux provinces depuis 2007 et à les redéployer - en principe après négociation - dans un nouveau programme de formation, où le fédéral, les provinces et les entreprises verseraient chacun 500 millions pour répondre aux besoins des entreprises.

Toutes les provinces sont affectées par ce projet où Ottawa intervient dans un champ de juridiction provinciale. Ce n'est donc pas une attaque contre le Québec, même si le Québec y réagit avec plus d'intensité. Il faut toutefois essayer de comprendre pourquoi le ministre Flaherty s'est lancé dans cette bataille.

Son intervention semble répondre à deux logiques. La première, classique, repose sur la conviction du gouvernement fédéral de pouvoir mieux faire que les provinces. La seconde, nouvelle, semble répondre à la volonté des conservateurs d'imposer leur vision du développement économique et leur conception de l'État à des gouvernements provinciaux qui ne partagent pas leur point de vue.

Le problème, ce n'est pas seulement qu'Ottawa empiète dans une juridiction provinciale. Ça ne serait pas un drame en soi si ses incursions faisaient avancer les choses. Le problème, c'est plutôt que le gouvernement conservateur n'a rien à apprendre aux provinces dans ce dossier.

Le virage d'Ottawa repose sur une analyse montrant que le Canada souffre de pénuries de main-d'oeuvre et que la priorité n'est pas de créer de nouveaux emplois, mais plutôt de trouver du monde pour combler les emplois disponibles. D'où l'importance de miser sur la formation.

L'analyse est juste. Mais les conservateurs, après avoir multiplié pendant des années les promesses de créer des emplois, ne font que découvrir ce que l'on savait depuis longtemps. C'est un progrès. Mais on doit noter que le gouvernement du Québec et certainement plusieurs autres provinces sont bien en avance sur Ottawa dans leur réflexion. Ça fait des années que le développement des compétences est au coeur de la stratégie du Québec, que l'on est conscient du fait que le réel défi, c'est de réussir à trouver des candidats pour les centaines de milliers de postes à pourvoir.

Quant à la critique d'Ottawa envers les provinces, qui a justifié son intervention, à savoir que les programmes provinciaux ne répondent pas aux besoins des entreprises, elle est superficielle et injuste. Il est vrai que les politiques de formation sont lourdes et complexes. Mais le lien avec les entreprises est omniprésent, dans l'existence même de la Commission des partenaires du marché du travail, dans l'existence de programmes conçus pour les besoins précis des entreprises. On peut certainement faire plus. Mais on n'a pas besoin des pressions fédérales pour cela.

Bien sûr, le gouvernement fédéral a le droit de disposer de ses 500 millions comme il l'entend. Mais les provinces ont un puissant argument de négociation. La ministre de l'Emploi, Agnès Maltais, a affirmé que son gouvernement refuserait de participer à ce programme. C'est la chose à faire.

Si le Québec et d'autres provinces n'embarquent pas dans le projet fédéral, le gouvernement Harper se retrouvera le bec à l'eau. Sans les provinces, qui doivent payer le tiers de la note, et qui disposent de l'infrastructure nécessaire, le programme ne pourra pas décoller. Et sans ce programme, le gouvernement Harper perd l'élément principal de son plan d'action économique. Pas besoin de déchirer sa chemise. Le principal pouvoir du Québec, c'est de dire non.