Lorsque Sidney Crosby est devenu, au printemps 2009, le plus jeune capitaine de l'histoire de la Ligue nationale de hockey à soulever la Coupe Stanley, Michel Therrien a suivi la scène de loin.

François Gagnon LA PRESSE

Therrien a été remplacé par Dan Bylsma avec 25 matchs à disputer en saison régulière, et personne - ou à peu près - ne se souvenait qu'il avait guidé les jeunes Penguins jusqu'au septième match de la grande finale la saison précédente. Personne, ou à peu près, ne se souvenait qu'une fois nommé entraîneur-chef, Bylsma avait pu compter sur le retour de quelques joueurs blessés, dont le général à la ligne bleue, Sergei Gonchar. Ces retours et l'étincelle provoquée par le changement derrière le banc avaient propulsé les Penguins vers une fin de saison sensationnelle: une fiche de 18-3-4 lors des 25 dernières parties. Vers la Coupe Stanley.

Est-ce que Michel Therrien aurait pu connaître une fin de saison semblable? Soulever le précieux trophée?

Ces questions resteront à jamais sans réponse.

Heureux pour Montréal

Quatre ans plus tard, Therrien a transformé le Canadien. Le club moribond qui, il y a 12 mois, plongeait lentement, mais sûrement vers la cave du classement de l'Association de l'Est, voire du classement général, est installé au premier rang dans l'Est.

Le Canadien serait-il là où il est ce matin si Randy Cunneyworth était toujours entraîneur-chef?

Cunneyworth serait-il en voie de racheter son hiver misérable à la barre du Tricolore s'il avait bénéficié du leadership de Marc Bergevin, qui a débarrassé l'équipe de Scott Gomez, embauché Brandon Prust et Francis Bouillon, fait de la place aux jeunes Alex Galchenyuk et Brendan Gallagher, en plus de profiter du retour en forme d'Andrei Markov?

Personne ne peut répondre à ces questions.

À commencer par le principal intéressé. «Je regarde ce qui arrive au Canadien et je suis très heureux pour les gars en place: les entraîneurs comme les joueurs. Je suis heureux pour les partisans. Je suis heureux pour Montréal», a lancé Cunneyworth, que j'ai joint samedi quelques heures avant le match opposant le Canadien aux Rangers de New York.

Cuneyworth était serein. Détendu. Heureux. Sous contrat jusqu'à la fin de la saison, il profite d'une année sabbatique et prépare son retour dans le hockey. Oui, malgré l'enfer de sa première expérience à titre d'entraîneur-chef dans la LNH - fiche de 18-23-9 à la barre du Canadien -, «Cunny» tient à revenir dans le hockey.

Parce que Cunneyworth a connu de très bonnes années à la barre des Americans de Rochester, le club-école des Sabres de Buffalo, - 306 victoires, 244 revers et 48 verdicts nuls en huit saisons -, plusieurs croyaient que le directeur général Darcy Regier ferait appel à ses services pour remplacer Lindy Ruff, congédié mercredi dernier.

«Le téléphone n'a pas sonné», a dit candidement Cunneyworth, qui gravite toujours autour des Sabres à titre d'ancien de l'organisation qui l'a repêché et qui lui a permis de faire le saut dans la LNH, en 1981-1982.

Aucun regret

Comme Jacques Martin, Cunneyworth et Randy Ladouceur sont toujours sans emploi.

Ironiquement, voire injustement, les grands responsables de leurs déboires professionnels, soit Pierre Gauthier et son conseiller spécial Bob Gainey, ont déjà trouvé du travail ailleurs. Profitant de contacts très solides aux quatre coins de la planète hockey, Gauthier a joint l'état-major des Blackhawks de Chicago. Gainey, lui, conseille Joe Nieuwendyk, directeur général des Stars de Dallas.

Cunneyworth, qui n'a pas une once de malice, n'en veut pas à Gauthier de l'avoir placé dans une situation impossible. Il n'en veut pas à ceux qui ont contesté l'embauche d'un entraîneur-chef unilingue anglophone à Montréal. Ni à ceux qui l'ont critiqué ni aux joueurs qui l'ont abandonné.

«J'aurais bien sûr préféré obtenir une première chance dans des conditions plus favorables. Il était toutefois hors de question de refuser un tel défi. L'expérience a été difficile. Pénible par moments, tant c'était le chaos. Mais tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai appris, fera de moi un meilleur entraîneur-chef», a affirmé Cunneyworth avec aplomb.

Qu'a-t-il appris?

Pour la première fois de l'entretien, «Cunny» s'est offert quelques secondes de réflexion. Pourquoi peser ainsi ses mots? Pourquoi ne pas régler des comptes, si des comptes doivent être réglés?

«Tu sais très bien que ce n'est pas mon genre», a d'abord répondu l'ancien joueur, que j'ai connu à l'époque où il était capitaine des Sénateurs d'Ottawa.

«Je réalise aujourd'hui que j'ai commis une grave erreur en tentant de trouver un équilibre entre la compréhension affichée par un ancien joueur et l'intransigeance que doit afficher un entraîneur-chef. J'ai mis trop de temps à m'imposer comme entraîneur. À prendre le contrôle de l'équipe. Je suis convaincu que cela m'a beaucoup nui», a convenu Cunneyworth.

Les souvenirs des prises de bec animées, voire virulentes, opposant Ladouceur, l'adjoint de Cunneyworth, à Scott Gomez lors d'un entraînement, et à P.K. Subban lors d'un match au Centre Bell, appuient cette confession de l'ancien entraîneur-chef.

Tout en préparant lentement son retour, Cunneyworth refait le plein physiquement et mentalement. Il joue au hockey deux fois par semaine avec ses fils - l'un est architecte et l'autre dirige son entreprise de gestion de sites internet - et des anciens de la LNH qui sont rentrés à Rochester une fois leur carrière terminée. Il assiste à des rencontres des Americans et des Sabres à Buffalo. Il en suit beaucoup à la télé également. Et il s'informe de tout ce qui se passe autour de la LNH.

C'est d'ailleurs avec des questions sur les jeunes Galchenyuk et Gallagher, sur Markov, sur l'atmosphère qui règne autour du Canadien et sur le travail de Therrien que Cunneyworth a alors repris le contrôle de la conversation...

Ce que j'ai répondu? Vous lui demanderez...