En quittant l'Assemblée nationale pour les vacances des Fêtes, à la fin du mois de décembre, les députés du Parti québécois (PQ) avaient lancé un grand ouf!, heureux de rentrer dans leurs terres après une première session difficile, en se disant que cette dure période d'initiation était maintenant derrière eux.

Vincent Marissal LA PRESSE

La réalité les a bien vite rattrapés, mardi, dès la première journée de reprise des travaux parlementaires.

D'abord, pour lancer cette rentrée, une énième entrevue de Jacques Parizeau contredisant la position de son ancien parti sur les droits de scolarité. Puis, au Salon bleu, un vote inattendu et totalement inusité des députés du PQ en faveur d'une résolution dénonçant les compressions... du gouvernement Marois dans les universités.

Mauvaise journée au bureau: un tir «ami» dans le dos et une balle dans le pied.

Les déclarations occasionnelles, et toujours très remarquées, de Jacques Parizeau, le PQ n'y peut pas grand-chose. M. Parizeau, c'est l'ultime électron libre de la politique québécoise et personne ne le privera de son droit de s'exprimer. On le verra d'ailleurs sous peu au congrès d'Option nationale, à Montréal, la fin de semaine du 2 mars. Pauline Marois attend déjà ce moment avec impatience...

Pour la résolution de mardi, par contre, c'est plus gênant pour la chef péquiste.

C'est le métier qui rentre, a dit avec philosophie Pauline Marois, hier à l'Assemblée nationale, à propos de cette résolution «échappée». Mathieu Traversy, le leader parlementaire adjoint, celui qui aurait dû veiller au grain, s'est expliqué hier en retenant un sanglot. «Ça va vite», a-t-il dit en substance pour expliquer sa bourde.

Ça va vite, en effet, et le gouvernement Marois devrait s'y habituer, parce qu'avec un gouvernement minoritaire, ça va encore plus vite. Et les conséquences peuvent parfois être beaucoup plus graves.

Heureusement pour le gouvernement péquiste, ce vote était sans grande importance. Pas un vote de confiance fatal, comme au temps du gouvernement conservateur minoritaire de Joe Clark, qui avait bêtement manqué de députés aux Communes pour résister à l'opposition. Méchante leçon, toutefois, pour Mme Marois et ses troupes.

Cet épisode, qui s'est produit deux jours après un conseil national plutôt désordonné, vient seulement renforcer cette idée que ce gouvernement ne sait pas vraiment où il s'en va.

Vrai, le gouvernement Marois montre des signes d'amateurisme inquiétants pour des gens qui, en principe, devaient avoir de l'expérience et un bon pif politique. On a un peu l'impression, ces jours-ci, que le Québec a été livré à un gouvernement inapte, un gouvernement sans gouvernail.

Est-ce la faute de la capitaine ou des officiers? Chose certaine, on ne jette pas la capitaine par-dessus bord. Faudra donc voir du côté des officiers.

Plusieurs gouvernements nouvellement élus qui n'allaient nulle part ont repris leur cap grâce à de nouveaux officiers. Je ne parle pas de ministres, mais bien de conseillers.

Ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement dérive après avoir pris le pouvoir.

Jean Chrétien, par exemple, dans les semaines qui ont suivi son élection à la tête d'un gouvernement majoritaire, en 1993, semblait voué au naufrage. L'arrivée d'un nouveau chef de cabinet, Jean Pelletier, avait redressé la barre.

Vous souvenez-vous, par ailleurs, de ce qu'on disait du tout nouveau gouvernement Charest en 2003, après son accession au pouvoir?

«Improvisation totale», accusait le chef de l'opposition Bernard Landry, non sans raison.

À l'époque, ce gouvernement fraîchement élu sous de grandes promesses de réforme n'allait nulle part, lui non plus. La promesse de l'abolition du no-fault, cheval de bataille du ministre de la Justice, Marc Bellemare, était devenue un embarras. Le ministre des Finances, Yves Séguin, était en guerre ouverte avec son premier ministre. La «réingénierie» de l'État, dada de Jean Charest, avait frappé un mur. Idem pour la réforme de la Société générale de financement et des agences de santé. La réforme de l'éducation secondaire avait été reportée, les partenariats public-privé avaient du plomb dans l'aile et le processus de défusion municipale s'était perdu dans des méandres politico-juridiques.

Le nouveau gouvernement Charest avait par ailleurs décrété, contre sa propre promesse de gel, une hausse du tarif quotidien dans les centres de la petite enfance. Tout ça pour un parti qui avait été élu avec le slogan «Nous sommes prêts!»

Le gouvernement Marois est assez doué en improvisation, c'est vrai, mais ce n'est pas lui qui a inventé le concept. La question est plutôt de savoir comment il s'en sortira, d'autant plus que le très attendu Sommet sur l'enseignement supérieur constitue un événement à haut risque pour le gouvernement Marois.

Le ministre Jean-François Lisée a dit récemment que ces grands rendez-vous sont toujours l'objet d'intenses joutes politiques. Le Sommet sur l'économie et l'emploi de 1996, sous Lucien Bouchard, n'avait pas échappé à cette réalité, mais il s'était néanmoins terminé sur un succès, a ajouté M. Lisée.

M. Lisée oublie toutefois de dire que ce sommet était présidé par Lucien Bouchard, premier ministre convaincant à la poigne de fer et à la tête d'un gouvernement majoritaire. Il omet aussi de rappeler que l'entente finale avait été conclue sans les étudiants (qui avaient claqué la porte), un luxe que ne peut évidemment pas se permettre Pauline Marois cette fois.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca