On ne lira plus jamais les communications de la Ville de Montréal de la même façon... Hier, en arrivant au Complexe sportif Claude-Robillard, il était impossible de rater une grande affiche, une affiche qui semblait fière de nous parler.

Ronald King LA PRESSE

Il était question d'une campagne d'économie d'énergie de la Ville de Montréal... 1 970 000 $ de travaux... des économies annuelles de 389 243 $... «Éliminons les courants d'air et gardons l'énergie à l'intérieur...» Etc.

Les courants d'air... Parlons-en... Et puis, ces chiffres semblables à ceux qu'on voit depuis quelques semaines à la commission Charbonneau et dont on sait qu'ils sont truqués, gonflés.

Sur le coup, on sourit. Et puis, on est envahi par une désagréable sensation à la pensée de toutes ces années à se faire arnaquer par des gens qu'on a élus. À tout cet argent qu'on a gagné en travaillant - certains jours, ça ne nous tentait pas du tout - et qui a été volé. Et puis on met ses mains sur les côtés parce qu'on dirait que quelqu'un tente de mettre sa main dans notre poche pendant qu'on lit l'affiche.

Mais c'est seulement une impression.

Nous étions là pour les entraînements publics de Lucian Bute et de son adversaire de samedi, Denis Grachev.

L'entraînement avait lieu au sous-sol et s'y rendre était une petite aventure en soi puisqu'il y avait panne d'électricité au complexe C.-R. hier.

Grachev était déjà au boulot, et en voyant cette gueule dans la demi-obscurité, on se disait qu'il ne devait pas être commode à la fin d'une soirée de vodka. Dans un film, il serait le tueur silencieux venu de l'Est. Très blond, très pâle, les yeux très creux...

Denis Grachev est né à Chaykowsky, «comme le compositeur», dit-il, «dans le centre de la Russie». Il a toujours voulu être kickboxeur et seulement ça. Il a un diplôme en éducation physique et vit maintenant à San Diego, où il enseigne... le kickboxing.

Et puis il sourit en parlant, il sourit devant chaque question et on voit bien qu'il n'est pas un assassin, même s'il veut faire du mal à notre Lucian.

«Je vais lui mettre beaucoup de pression. C'est le combat le plus important de ma vie. Est-ce que je suis un dur? Ce sera à vous de me le dire après le combat.»

Avant de nous quitter, Grachev y est allé d'une phrase digne de Pouchkine: «Le ciel de Montréal pleure parce que son boxeur va perdre...»

(Nous aussi on a un boxeur-poète. Il se prénomme Stéphane et il veut remonter dans le ring à 41 ans.)

L'adversaire de Lucian Bute est avant tout un bagarreur. Spécialiste du kickboxing et des MMA, il s'est lancé en boxe tardivement. Sa fiche est de 12-0-1, dont 8 K.-O. Il a surpris le monde de la boxe en avril dernier en battant un nom prometteur, Ismayl Sillakh. Grachev était le négligé à 11-1. Il est allé au plancher au troisième round avant de remporter la victoire par K-.O.T. au huitième. Un dur...

Stéphan Larouche, l'entraîneur de Bute, voulait un adversaire du genre Carl Froch, un bagarreur, question de voir si son homme s'est remis de sa terrible défaite, question de savoir une fois pour toutes si Bute a la couenne dure d'un vrai champion.

J'ai l'impression que Larouche a trouvé son homme.

Le plan de match

Hier matin, nous apprenions que Lucian Bute avait signé un nouveau contrat le liant pour trois combats avec InterBox et Jean Bédard. Curieux moment pour révéler cette nouvelle. Nous savons tous que si Bute perd vendredi soir contre Grachev, sa carrière sera terminée ou presque.

Comment nous convaincre maintenant que le clan Bute prend Grachev au sérieux?

InterBox attend d'ailleurs une foule de 7000 ou 8000 personnes... Pour Bute, il s'agit d'un recul. Traduction: les billets se vendent mal et ce combat n'a pas convaincu le public.

Le plan de match étant bien sûr un combat revanche contre Carl Froch à Montréal. Si jamais il se réalise, la foule sera plus près des 20 000 personnes ce soir-là.

Puis, Lucian Bute est arrivé à son tour pour sa séance d'entraînement public. Il y avait une centaine de personnes, les amateurs se mêlaient aux athlètes et aux entraîneurs, le monde de la boxe était heureux de se retrouver, comme toujours.

Il ne manquait qu'un peu plus de lumière au complexe Claude-Robillard, nouvellement écolo grâce aux bons soins de la Ville de Montréal et d'un gentil entrepreneur en construction.