Le CRTC a rejeté hier, d'un revers de main, l'acquisition d'Astral par Bell au coût de 3,4 milliards. En mettant à peine un mois et six petites pages d'analyse pour traiter l'une des plus importantes transactions de l'histoire des médias au Canada, le Conseil, sous la direction de son nouveau président Jean-Pierre Blais, se donne un petit air populiste que certains apprécieront. Mais il pourrait faire du tort au système de radiodiffusion qu'il a pour mission de protéger.

Publié le 19 oct. 2012
André Pratte LA PRESSE

Cette transaction suscitait des craintes légitimes. Elle allait créer un géant dans le domaine de la distribution et de la radiodiffusion, géant qui jouirait d'une part d'écoute de 43% en télévision de langue anglaise et de 33% en télévision de langue française. Toutefois, cette convergence accrue s'inscrivait précisément dans la même logique que celle ayant mené le Conseil à approuver d'autres transactions dans le passé.

Pourquoi Bell-Astral aurait-elle bénéficié d'une domination inacceptable au Canada anglais, avec une part d'écoute deux fois plus grande que celle de son principal concurrent, alors que selon le Conseil, ce n'est pas le cas de Québecor, qui jouit d'une situation semblable au Québec?

Le principal avantage de la fusion proposée était, justement, la création d'un joueur de taille à concurrencer QMI. De l'avis du CRTC, «BCE n'a pas démontré comment la transaction proposée, qui ferait en sorte que la grande majorité des services de programmation de langue française seraient détenus par deux grands concurrents verticalement intégrés, stimulerait la concurrence.» Cette conclusion révèle, de la part des commissaires, une méconnaissance troublante de la domination qu'exerce Québecor dans le marché médiatique et publicitaire de la province.

Au cours de la dernière année, le CRTC a mis au point une politique réglementaire visant à éviter les effets pervers potentiels de l'intégration croissante de la distribution et de la programmation. Cette politique aurait empêché Bell-Astral d'abuser de sa position au détriment de ses rivaux et des consommateurs. En rejetant en bloc la transaction, le Conseil a renoncé à employer les mécanismes qu'il avait lui-même conçus.

Il est vrai que les «avantages tangibles» que proposait Bell au bénéfice du système de radiodiffusion étaient inadéquats. Le Conseil aurait pu en exiger davantage. Il aurait pu aussi obliger le nouveau groupe à se départir de certains actifs.

La décision à la hache annoncée hier crée un trou noir. Les Greenberg veulent se départir d'Astral. Si BCE ne peut pas l'acheter, qui le fera? Le nouvel acheteur sera-t-il en mesure de développer le potentiel de l'entreprise? Astral sera-t-elle démantelée? Ce qui semble clair pour le CRTC, soit que les consommateurs canadiens profiteront du rejet de cette transaction, n'est pas du tout évident à nos yeux.