La pauvreté, la faim et l'inégalité économique entre les nations continuent à reculer dans le monde. Fait anecdotique, mais probant: six milliards de téléphones portables sont en usage sur la planète, ce qui signifie que 86 Terriens sur 100 en possèdent un... Ces réalités sont contre-intuitives: les choses ne sont-elles pas supposées aller de mal en pis? Mais ce progrès est bel et bien confirmé dans plusieurs études, dont les plus exhaustives proviennent de l'ONU et de la Banque mondiale.

Publié le 17 oct. 2012
Mario Roy LA PRESSE

Ainsi, alors qu'on s'inquiète de la croissance des inégalités entre riches et pauvres, l'inégalité globale entre les peuples, elle, régresse (selon les économistes français François Bourguignon et Christian Morrisson). C'est d'autant plus remarquable que l'écart n'avait cessé de se creuser depuis le début de la Révolution industrielle.

Or, cette tendance séculaire a commencé à s'inverser il y a 20 ans, précise Morrisson, le coefficient de Gini (mesurant l'inégalité) ayant diminué de 5,1% entre 1992 et 2008. Ce qui correspond à l'entrée de grandes nations émergentes dans une économie mondialisée.

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Cependant, si elle est immorale, l'inégalité ne tue pas. C'est la pauvreté et la faim qui le font.

Mais moins que jadis.

Selon la Banque mondiale, la grande pauvreté (1,25$ par jour en dollars de 2005) recule: elle touchait en 2010 la moitié moins de gens qu'en 1990, malgré la crise économique et la hausse du prix des denrées. La moitié de cette diminution est attribuable - on l'aura deviné - à la Chine, qui a extrait de la misère 660 millions de ses citoyens depuis 1981. Les pays africains n'ont pas connu de développements aussi spectaculaires. Néanmoins, la grande pauvreté y a reculé aussi: en 2008, elle touchait 47% des Africains, passant pour la première fois sous la barre des 50%.

Reste la famine pure et simple.

Selon les données de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, qui dispose aujourd'hui de statistiques plus fiables, la faim a également diminué, ne fut-ce que légèrement (de 885 à 852 millions de citoyens touchés), entre 2004 et 2012 dans les pays en développement.

Cependant, l'Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient échappent à cette vague.

Parmi les pays se trouvant à risque élevé ou extrême de connaître la famine, se trouvent (selon la firme d'analyse londonienne Maplecroft): la Somalie, le Sud-Soudan, la Syrie, la Libye, l'Irak, la République démocratique du Congo, le Tchad, l'Éthiopie, la Sierra Leone, le Yémen, le Pakistan. Il n'est pas difficile de voir quelle situation ces pays ont en commun: la guerre, actuelle ou récente, ainsi que les conflits intérieurs de toutes sortes, qui demeurent la plupart du temps les premières causes de la faim.

Il s'agit du fléau le plus difficile à éradiquer. Mais il le faudra bien si la volonté exprimée ici et là d'éliminer la faim est autre chose qu'un voeu pieux.