Jean Charest, au lendemain de la défaite de son parti aux élections générales, et de sa défaite personnelle dans la circonscription qu'il représentait depuis plus de deux décennies, a annoncé son départ de la vie politique.

Publié le 7 sept. 2012
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

C'était prévisible. Les libéraux ont subi une défaite qui, sans être humiliante, reste quand même sévère. Les Québécois ont exprimé de diverses façons leur désir de changement, et dans leur esprit, et dans nos traditions bien cruelles, cela s'exprime par le départ des politiciens que les citoyens ont le sentiment d'avoir trop vu.

Cette défaite était dans l'ordre des choses. Le gouvernement libéral s'est usé après neuf ans et cinq mois au pouvoir. Il a perdu certains de ses éléments les plus forts sans pouvoir les remplacer. Il a gagné en expérience, mais perdu en énergie et en enthousiasme. Et quand on en arrive à se maintenir pendant des mois à des niveaux d'impopularité record, il devient de plus en plus difficile de diriger.

Il me semble qu'on peut dire ces choses-là tout en soulignant la contribution de Jean Charest et de son gouvernement pendant les trois mandats où il a dirigé le Québec.

Rarement aura-t-on atteint un niveau de caricature aussi élevé dans le débat public qu'à l'égard de la personne de Jean Charest, à commencer par le Libérez-nous des libéraux de Loco Locass, une chanson où se mêlent l'art et la partisanerie primaire. Chasser Jean Charest, notamment dans le mouvement des casseroles, est devenu une espèce de rituel incantatoire.

Qu'a fait ce «monstre» qu'on brûlait en effigie? Regardons autour de nous. Le Québec n'est pas sorti, mardi soir, d'une Grande noirceur. Le Québec n'est pas à feu et à sang, plein de grabataires sans soins, de chômeurs jetés à la rue. Ce qu'on a sous les yeux, depuis une décennie, c'est plutôt une société qui va assez bien, qui a traversé la récession, qui crée des emplois, qui réduit la pauvreté, dont les réseaux de la santé et de l'éducation se comparent à ceux des voisins, une province qui a réussi à se distinguer au plan de l'environnement, dont la vie culturelle est extrêmement riche.

Il y a une espèce de déconnexion entre le discours caricatural sur Jean Charest, l'animosité qu'il a suscitée en certains milieux, son impopularité, et l'état du Québec. Car si le Québec se porte assez bien, le gouvernement qui vient de céder sa place doit quand même y être pour quelque chose.

Les gens le sentent bien, car cette fois-ci, les Québécois, capables d'être brutaux quand ils chassent des politiciens, qu'on pense au Bloc ou au PLC, n'ont pas réservé le même sort aux libéraux du Québec. En partie grâce aux talents de politicien de M. Charest, le Parti libéral a déjoué les sondages et n'est pas condamné à la marginalité. Le courant libéral, centriste, fédéraliste, pluraliste, a toujours une place sur notre échiquier politique.

Cela n'efface pas les erreurs commises par le gouvernement libéral et son premier ministre, dont les plus récentes ont provoqué sa défaite. À commencer par un manque de sensibilité et de souplesse qui ont contribué à transformer le dossier étudiant en crise. Mais surtout, son refus obstiné pendant des mois de déclencher une commission sur la construction, et sa complaisance avec des éléments douteux comme le ministre Tomassi, qui ont contribué à associer le gouvernement libéral à la corruption.

Mais cela ne doit pas faire oublier que dans la gestion des grandes missions de l'État, dans les dossiers de développement économique - notamment l'ouverture sur le monde et le Plan Nord - dans son cadre financier, le gouvernement qu'a dirigé Jean Charest a fait beaucoup de bonnes choses.