Il était bien différent des autres, ce quatrième débat des chefs entre Pauline Marois et François Legault. Opposant deux ex-ministres d'un même gouvernement, il a pris par moments des allures de chicane de famille, tellement que Mme Marois s'est parfois oubliée et a appelé son adversaire «François».

Publié le 23 août 2012
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Ce fut donc un débat très vif, mais moins acerbe que les autres, ce qui n'a pas empêché la chef du Parti québécois de dénoncer la «pensée magique» du chef caquiste et celui-ci de la qualifier de la «reine du statu quo». Ça n'a pas empêché non plus les chiffres tronqués, les demi-vérités propres au genre, avec, en prime, quelques échanges inutiles sur leurs relations au sein du PQ.

Mais il faut dire que le débat d'hier était bien différent des autres. Parce que Jean Charest n'était pas là, le débat ne portait pas sur son bilan. Parce que les deux adversaires proviennent de la même famille politique, ils pouvaient difficilement se reprocher mutuellement leurs décisions passées. Sur la corruption, les échanges ne pouvaient pas mener loin, sinon à une surenchère vertueuse. Ils étaient condamnés de parler de présent et d'avenir.

Mme Marois a été très ferme, solide, bavarde même, assez pour que, par moments, M. Legault ait du mal à placer un mot. Mais son message de réalisme a mal passé. Le chef caquiste a marqué des points, parce qu'il a réussi, surtout dans les échanges sur l'économie, l'éducation et la santé, à associer son adversaire à l'immobilisme et au statu quo, à mettre en relief ses penchants prosyndicaux et la fragilité de sa logique financière.

Mais là où François Legault a vraiment dominé, c'est sur la question nationale, un thème où il était mieux placé que Jean Charest. Mme Marois a été incapable de répondre de façon satisfaisante aux questions qu'il a posées sur le référendum d'initiative populaire qui permettrait aux purs et durs, les «caribous», «de nous précipiter dans le ravin», en imposant la tenue d'un référendum sur la souveraineté.

Au terme du grand marathon auquel se sont livrés les chefs de parti avec ces quatre débats en rafale, tout cela donne à François Legault une belle feuille de pointage. Il a bien figuré dans un débat des chefs à quatre qui n'avait pas fait de vainqueur. Mardi, en face à face, il a tenu tête à Jean Charest. Et hier soir, il a dominé l'affrontement avec Pauline Marois.

C'est donc le chef caquiste qui semble sortir gagnant de l'exercice. Pas parce qu'il a mis ses adversaires en déroute, mais parce que c'est lui qui a marqué le plus de points et qui risque de retirer le plus de bénéfices électoraux de cet exercice.

Depuis le début de la campagne, je demande à tous les gens que je rencontre pour qui ils vont voter. Et la réponse que j'entends le plus souvent, c'est «je ne suis pas certain». Jamais une élection n'aura été aussi dominée par l'indécision et le doute.

Ce climat d'indécision, c'est surtout François Legault qui peut en profiter. Car c'est quoi, un indécis? Le plus souvent un électeur libéral qui se demande s'il votera encore une fois pour Jean Charest, ou un électeur péquiste qui n'est pas certain de vouloir appuyer Pauline Marois. Dans les deux cas de figure, l'alternative la plus naturelle, c'est la Coalition avenir Québec.

François Legault, un nouveau venu qui traînait dans les sondages, devait se faire mieux connaître, expliquer un programme atypique, montrer qu'il avait l'étoffe d'un premier ministre, profiter de ces tribunes pour transformer les indécis en appuis plus fermes. Il y a de bonnes chances qu'il y soit parvenu.