Vaut-il mieux demander sa rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ) le plus tôt possible à partir de nos 60 ans ou attendre l'âge limite des 70 ans ? Ou doit-on tout simplement se contenter de l'âge «normal» de la retraite à 65 ans?

Publié le 4 juin 2012
Michel Girard LA PRESSE

Bien des lecteurs se posent «la» question depuis l'entrée en vigueur des changements majeurs que le gouvernement Charest a apportés au régime de la RRQ. Le montant maximum de la RRQ s'élève actuellement à 11 840$ pour la rente encaissable à partir de 65 ans, l'âge «normal» de la retraite.  

Commençons par un résumé des changements. À partir de l'an prochain, la rente de la RRQ sera bonifiée de 8,4% pour chacune des cinq années où l'encaissement de la rente est reporté à partir de notre 65e année. À l'âge limite des 70 ans, un rentier encaissera ainsi une rente de 16 812$ en dollars d'aujourd'hui. La rente sera ainsi bonifiée de 42% (5 années x bonification de 8,4%).  

À l'inverse, le préretraité qui va encaisser sa rente de la RRQ avant l'âge normal de 65 ans va subir une importante baisse. Présentement, le préretraité de 60 ans encaisse une rente RRQ amputée de 30%. Celle-ci est réduite de 6% par année précédant la 65e année. On parle donc cette année d'une rente de 8288$ pour le préretraité de 60 ans.  

Cette réduction de la rente de la RRQ va s'accélérer au fil des prochaines années. À compter de 2016, la réduction atteindra les 7,2 p. cent par année devançant la rente normale à 65 ans.

On parle donc d'une réduction de rente de 36 p. cent. En dollars d'aujourd'hui, la rente de la RRQ passera à 7578$ au lieu de 8288$ comme c'est présentement le cas.

La grande question: à l'avenir, sera-t-il plus rentable pour le rentier de la RRQ d'encaisser en dollars d'aujourd'hui:

a) une rente réduite de 36% à partir de 60 ans;

b) ou une rente normale à compter de 65 ans;

c) ou une rente bonifiée de 42% à partir de 70 ans?  

Autrement dit, est-il plus payant pour le rentier d'encaisser une rente réduite sur une plus longue période ou d'encaisser une rente bonifiée sur une plus courte période?  

Selon Nathalie Bachand, planificatrice financière chez Bachand Lafleur Groupe conseil, le rentier en bonne santé qui n'attend pas après la rente de la RRQ pour manger et vivre décemment, a généralement avantage à opter pour la rente tardive au lieu de la rente anticipée.  

Dans un tableau comparatif qui tient compte des changements, Mme Bachand a projeté le montant des prestations annuelles qu'un rentier recevrait jusqu'à l'atteinte de ses 85 ans, selon qu'il opte pour la rente anticipée à 60 ans, la rente normale à 65 ans, et la rente tardive à 70 ans.  

Le montant des rentes projetées dans son tableau repose sur les hypothèses suivantes: une inflation annuelle de 2,24%; une croissance annuelle de 3,25% du MGA (maximum des gains admissibles aux fins de la RRQ); une bonification de 8,4% par année de report de l'encaissement de la rente après 65 ans; une réduction annuelle de 7,2% pour la rente anticipée avant 65 ans.  

Le tableau donne comme point de départ une prestation annuelle débutant à 7373$ pour la rente commençant à 60 ans; une prestation annuelle de 13 518$ pour la rente normale à 65 ans; et une prestation de 22 524$ pour la rente tardive à 70 ans.  

Selon les projections de Mme Bachand (calculées en se basant sur les prestations RRQ versées en 2011 et réajustées en fonction des hypothèses précédentes), le seuil de rentabilité pour le préretraité à 60 ans est 71 ans. Rendu à cet âge, il aura encaissé la somme brute d'environ 100 000$ en prestations de la RRQ. C'est un montant similaire à la somme que le retraité régulier aurait encaissée à partir de ses 65 ans et ce jusqu'à ses 71 ans.  

Passé les 71 ans, la rente normale (à 65 ans) devient globalement plus payante que la rente anticipée.

Quand on compare le montant des prestations accumulées à partir d'une rente normale à 65 ans et d'une rente tardive à 70 ans, on constate que le seuil de rentabilité de la rente normale est atteint à 78 ans. Le rentier aura reçu à ce moment-là une somme brute de quelque 219 000$. Par la suite, la rente tardive devient plus rentable pour le rentier, en termes de prestations accumulées.  

Si on prend pour acquis que les trois rentiers encaissent des prestations de la RRQ jusqu'à l'âge de 85 ans. Voici le montant brut des prestations qu'ils recevraient, selon les projections de la planificatrice Bachand:

le rentier de la rente anticipée à 60 ans: 256 699$

le rentier de la normale à 65 ans: 357 839$

le rentier de la rente tardive à 70 ans: 428 076$.  

La planificatrice Bachand a également effectué une série de projections de revenu de la RRQ qui tenaient compte de l'impôt. Vous ne serez pas surpris d'apprendre qu'on arrive à des conclusions similaires. Avec une légère différence: le seuil de rentabilité est retardé d'une année ou deux.

Maintenant, une mise en garde s'impose. La décision d'opter pour une rente anticipée, normale ou tardive doit également tenir compte de divers autres facteurs: notre état de santé; notre statut conjugal; l'âge du conjoint; notre revenu familial; etc.  

Pas facile la planification de l'encaissement futur de sa rente de la RRQ!