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La crise en chiffres

Alain Dubuc
La Presse

Le conflit des droits de scolarité a été déclenché par un chiffre, la somme que le gouvernement Charest voulait exiger des universitaires. Mais nous avons assisté bien davantage à une guerre de mots qu'à une guerre de chiffres.

Et c'est dommage, parce que dans bien des cas, certains chiffres auraient pu mieux structurer le débat et peut-être fait en sorte que la crise aurait pris une autre direction. Voici quelques chiffres qui pourraient encore nous éclairer.

25,7 Un chiffre maintenant connu, mais que je tiens à rappeler parce qu'il illustre les effets sur cette crise des carences en numéracie. 25,7%, c'est la proportion des étudiants qui ont droit à des bourses et qui ne sont absolument pas affectés par la hausse des droits de scolarité, parce que les bourses seront ajustées en conséquence. Avec les bonifications gouvernementales, la proportion est sans doute passée à 30%. Et parce que ce chiffre est resté longtemps méconnu dans le débat public, cela a permis aux associations étudiantes de justifier, à tort, leur opposition aux hausses par des considérations de justice sociale.

1/2 Quand les hausses s'appliqueront pleinement, les étudiants québécois paieront la moitié de ce que paient ceux des autres provinces. Ce chiffre diffère de ce qu'on entend habituellement, parce qu'on oublie quelque chose dans les comparaisons. Ailleurs au Canada, il faut quatre ans d'université pour obtenir un baccalauréat. Au Québec, à cause des cégeps, c'est trois. Le coût d'un diplôme, au Canada, est donc, en moyenne, 5535$ fois quatre, soit 22 140$. Au Québec, ce sera, dans sept ans, 3946$ fois trois, soit 11 838$. Dans sept ans, en supposant que les droits restent gelés ailleurs au Canada, les Québécois paieront 53,5% des droits moyens canadiens. Voilà l'enjeu du conflit.

750 Dans le cadre de ce conflit, la pleine gratuité, réclamée par la CLASSE, en a séduit certains. Combien ça coûterait? 750 millions. Ce n'est pas énorme, parce que les étudiants, actuellement, ne paient pas cher, à peine 12,7% du coût de leurs études. Ces 750 millions, il faudrait quand même le payer. Cela représente 192$ par année par contribuable qui paie des impôts. Et il faut se demander si c'est la meilleure façon de dépenser trois quarts de milliards en éducation, en termes de qualité, d'efficacité, d'équité et de justice sociale.

2,4 En moyenne, les élèves du niveau préuniversitaire restent 2,4 années au cégep. En gros, cinq semestres. Dans les cégeps publics, ceux qui sont en grève, à peine 39,9% des élèves obtiennent leur DEC dans le délai normal théorique de deux ans. Prenez-le à l'envers. 60,1% prennent plus que deux ans à terminer leur cégep, s'ils le terminent, puisque le taux de diplomation, au bout de cinq ans, est de 75%. Et donc, pour un grand nombre d'entre eux, le fait de prolonger leurs études d'un semestre additionnel n'est pas une catastrophe dans leur cheminement scolaire. Ça aide à expliquer le jusqu'au-boutisme actuel. Et cela nous rappelle que, pour un grand nombre, l'annulation du semestre ne serait pas un drame.

45,5 Proportion des élèves des cégeps qui sont dans le secteur technique, qui ne se destinent pas à l'université, et que la hausse des droits de scolarité n'affecte pas. Et qui sont souvent en grève.

21 La tolérance zéro pour l'alcool au volant s'applique maintenant jusqu'à l'âge de 21 ans. Ce nouveau règlement a un caractère discriminatoire. Mais il se justifie par les habitudes de conduite des jeunes, et par des considérations comportementales et neurologiques, notamment la propension à l'impulsivité et à la prise de risque et les lacunes dans l'exercice du jugement. C'est aussi l'âge d'un grand nombre d'étudiants en grève. Est-ce incorrect de le rappeler?




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