Premier rassemblement libéral majeur depuis la débâcle du 2 mai, le congrès des membres de la fin de semaine, à Ottawa, aura permis aux militants de constater une bonne nouvelle et de confirmer le secret le moins bien gardé dans la capitale fédérale.

Mis à jour le 16 janv. 2012
Vincent Marissal LA PRESSE

La bonne nouvelle, presque une révélation à en juger par la surprise de certains militants, c'est que le Parti libéral n'est pas mort malgré les nombreux avis de décès écrits par plusieurs observateurs de la scène politique canadienne.

Plus de 3000 délégués (environ 300 du Québec) enthousiastes, beaucoup de jeunes, des débats studieux et disciplinés, des campagnes chaudement disputées pour les postes de l'exécutif du parti, une logistique de congrès impeccable, pour un parti moribond, il reste apparemment des ressources humaines et matérielles.

C'était presque cocasse d'écouter les délégués s'émerveiller d'être si nombreux dans un congrès aussi bien organisé, un peu comme les survivants d'un naufrage s'étonneraient de se retrouver sains et saufs en si grand nombre dans les canots de sauvetage.

Le secret le moins bien gardé, c'est évidemment l'intérêt de plus en plus manifeste du chef intérimaire Bob Rae de briguer officiellement la direction de son parti. En fait, la question du leadership était sur toutes les lèvres, reléguant au second rang les autres débats.

Il est plus que temps, d'ailleurs, que les libéraux commencent à s'intéresser à la succession de Michael Ignatieff. Un chef de parti, après tout, ce n'est pas accessoire lorsqu'on amorce un long processus de reconstruction.

Assurant l'intérim avec aplomb depuis plus de huit mois, Bob Rae y a visiblement pris goût. Et bien des militants commencent à croire qu'à défaut de candidats emballants représentant la relève, l'expérience de Bob Rae pourrait fort bien faire l'affaire.

Il y a du pour et du contre, toutefois. Personne n'est ouvertement contre Bob Rae, au contraire, il jouit d'une excellente cote dans la famille libérale, mais on lui reproche deux choses, surtout chez les jeunes: il est usé (tout le contraire du renouveau, donc) et il traîne encore aujourd'hui une mauvaise réputation en Ontario (M. Rae a été premier ministre néo-démocrate au début des années 90).

«On parle encore des «Rae Days» en Ontario, c'est mauvais pour nous et puis Bob Rae n'est pas exactement le renouveau du parti», m'a dit un jeune militant francophone de Toronto.

Des organisateurs du Québec, croisés dans les corridors du Centre des congrès d'Ottawa, ont toutefois affirmé que Bob Rae est le meilleur cheval disponible. M. Rae passera d'ailleurs du temps dans les régions du Québec au cours des prochaines semaines.

Il semble donc évident que Bob Rae voudra se présenter à la direction du PLC. Reste à savoir comment orchestrer la suite, puisqu'il ne sera vraisemblablement pas couronné. M. Rae a dit qu'il se pliera aux décisions du PLC, mais il devra, de toute évidence, démissionner de son poste de chef par intérim pour lancer une véritable campagne à la direction, ce qui privera les libéraux de leur meilleur joueur aux Communes. Selon certains militants, Bob Rae pourrait terminer la prochaine session, démissionner de son poste de chef intérimaire en juin et se consacrer à la course à la direction.

D'autres noms de candidats potentiels circulent et certains, dont Martin Cauchon, ont profité du congrès pour se rappeler au bon souvenir des militants. L'ancien ministre de Jean Chrétien, et ancien député d'Outremont, a tenu salon dans deux suites de l'hôtel adjacent du centre des congrès, vendredi et samedi soir.

Les ambitions de Martin Cauchon sont connues de longue date et le départ prévisible de son vieux rival québécois, Denis Coderre, vers la mairie de Montréal, lui laisse la voie libre au Québec. Cela dit, il y a bien longtemps que M. Cauchon a quitté Ottawa et il n'a pas réussi à reprendre sa circonscription à Thomas Mulcair en mai dernier.

Outre M. Cauchon, David Mc Guinty (le frère du premier ministre ontarien, Dalton) pourrait plonger, de même que Marc Garneau et Mark Holland. Justin Trudeau a déjà indiqué qu'il n'est pas intéressé pour le moment et Dominique Leblanc attend de voir qui sera du jeu avant d'annoncer ses couleurs.

Parlant de Dalton McGuinty, il a fait forte impression (encore une fois) auprès des libéraux fédéraux, vendredi soir, avec un discours inspiré. Le premier ministre libéral ontarien a notamment rappelé aux militants du PLC qu'il faudra du temps pour retrouver le chemin du pouvoir.

Le PLC cherche à secouer sa léthargie en adoptant des mesures spectaculaires, comme l'élection de son prochain chef par suffrage populaire (ouvert à tous les Canadiens et non seulement aux membres du PLC).

Il faut saluer l'audace des militants libéraux qui ouvrent ainsi les portes de leur parti au vote populaire pour élire leur prochain chef, une voie empruntée avec succès par le Parti socialiste français l'année dernière.

L'aile jeunesse tente elle aussi de brasser la cage en ayant fait adopter une résolution en faveur de la légalisation de la marijuana, ce qui ne manquera pas de provoquer de vives réactions chez les conservateurs.

On vise à moderniser le PLC, mais, par contre, les militants ont massivement voté en faveur du maintien du lien avec la couronne britannique, le plus archaïque et le moins démocratique des symboles canadiens.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca