Pauline Marois, qui a vécu des jours éprouvants la semaine dernière, vient de passer un autre week-end pénible. En ce matin d'Halloween, l'état de son parti fait franchement peur. Et une ombre, celle de Gilles Duceppe, menace maintenant de pulvériser le peu de poigne qu'elle a toujours sur son parti.

Vincent Marissal LA PRESSE

Parti québécois, 31 octobre 2011, état des lieux:

> battu dans tous les sondages depuis plus de six mois, loin derrière, au seuil de la marginalité;

> derrière le très impopulaire Parti libéral de Jean Charest, dans une lutte à deux, et carrément déclassé par François Legault dans une bataille à trois;

> cote de crédibilité (meilleur premier ministre) de Pauline Marois en chute libre;

> caucus en panique, parti angoissé;

> mouvement souverainiste en plein désarroi;

> appui à l'option souverainiste au plus bas.

Le tableau était déjà assez effrayant, mais voilà qu'un nouveau sondage Léger Marketing-QMI démontre très clairement que l'arrivée de Gilles Duceppe à la tête du PQ lui permettrait de retrouver les faveurs d'une majorité de Québécois, même devant la CAQ de MM. Legault et Sirois.

Voilà qui détruit complètement l'argument des partisans de Pauline Marois (peu nombreux et, surtout, plutôt discrets) selon qui un changement de chef ne réglerait pas les problèmes du PQ. Vrai, Pierre Curzi ou Bernard Drainville ne peuvent apparemment pas renverser la vapeur, mais le nom de Gilles Duceppe produit tout un effet dans l'électorat.

Ce coup de sonde dévastateur démontre une fois de plus ce que des députés de son propre parti disent en privé: Mme Marois ne passe pas. La preuve: les Québécois semblent prêts à élire Gilles Duceppe, à qui ils ont pourtant infligé une défaite historique il y a six mois, repoussant une candidate qui a occupé tous les ministères importants à Québec pour donner les clés du pouvoir à un homme qui n'a connu que l'opposition à Ottawa.

Le poste intéresse-t-il Gilles Duceppe? Chose certaine, il n'a rien dit publiquement qui puisse faire taire les rumeurs d'un retour et, privément, ceux qui le connaissent savent qu'il s'ennuie. Il a bien affirmé, hier, lors d'une rencontre partisane du PQ, qu'il a confiance en Pauline Marois, mais cela ressemble davantage à une formule de courtoisie qu'à un appui formel.

Lorsque j'ai écrit, il y a quelques semaines, que M. Duceppe avait rencontré les anciens chefs péquistes Bernard Landry et Jacques Parizeau et qu'il sondait le terrain, certains de ses proches m'avaient envoyé un courriel poli, mais néanmoins sec, pour me dire que l'ancien chef du Bloc avait pris sa retraite de la politique. Je n'ai toujours pas entendu le principal intéressé reprendre cette affirmation.

Le caucus et les militants du PQ voudraient-ils de Gilles Duceppe?

En 2007, après la démission d'André Boisclair, Gilles Duceppe avait annoncé qu'il tentait sa chance à la tête du PQ (contre Pauline Marois), mais il avait rapidement reculé, faute d'appui au sein du caucus. L'épisode avait d'ailleurs provoqué quelques étincelles entre Pauline Marois et Gilles Duceppe, celle-ci jugeant qu'il avait manqué de classe en annonçant sa candidature avant une rencontre prévue le lendemain.

Les députés du PQ, traumatisés de se retrouver au sein du troisième parti à l'Assemblée nationale, avaient choisi Pauline Marois, une des leurs, une valeur sûre à Québec, rejetant le chef du Bloc, qui était dans l'opposition à Ottawa depuis près de 20 ans.

Cette fois, ce pourrait être différent. D'abord, tous les députés qui voient venir la grande faucheuse électorale depuis des mois accueilleront vraisemblablement Gilles Duceppe si celui-ci peut leur permettre de sauver leur peau. Et sauver le PQ d'une dégelée fatale.

Ensuite, Gilles Duceppe, profondément meurtri par la déroute du Bloc, résistera difficilement au chant des sirènes. Fier et orgueilleux, Gilles Duceppe laissera-t-il passer une telle occasion de rédemption? J'en doute.

Toute la pression est, encore une fois, sur Pauline Marois ce matin. Elle a décidé de s'accrocher, mais pour combien de temps encore? À chaque sortie publique, elle répète qu'elle est forte, résiliente, ce qui est vrai, mais cela ne fait que rappeler qu'elle est contestée dans son propre parti.

Et Jean Charest dans tout ça?

D'abord, à court terme, les problèmes de Pauline Marois lui assurent une autre semaine peinarde à Québec. À plus long terme, la possibilité d'une remontée du PQ et l'arrivée prochaine du parti de François Legault annoncent peut-être une lutte à trois, ce dont il ne se plaindra pas.

L'étoile de la semaine

Si nous accordions des étoiles hebdomadaires en politique, comme cela se fait dans les ligues sportives professionnelles, la ministre du Travail Lise Thériault gagnerait facilement le titre pour la semaine dernière.

Fougue, détermination, conviction, connaissance de ses dossiers et absence de langue de bois, Mme Thériault se démarque au sein d'un gouvernement abonné aux phrases creuses et aux incohérences.

Le président de la FTQ, Michel Arsenault, en a pris plein la tronche, en commission parlementaire.

Aux militants, libéraux, la semaine dernière,

Mme Thériault a raconté que son propre père était un ouvrier de la construction. À l'entendre parler des «gars» sur les chantiers, on a, en effet, l'impression qu'elle connaît le milieu.

Même les collègues de Lise Thériault l'ont découverte la semaine dernière.

«On avait déjà la lionne de Bourget (Diane Lemieux, à la Commission de la construction du Québec), on a maintenant la tigresse d'Anjou», résume un collègue de Mme Thériault.