Le monde de la haute finance croisait les doigts hier en vue d'une conclusion positive au crucial sommet européen sur le plan de sauvetage de la crise des dettes souveraines. Et à voir la réaction anticipée de Wall Street, qui a bouclé la séance à la hausse, les investisseurs s'attendaient manifestement à une bonne nouvelle.

Michel Girard LA PRESSE

Il faut dire que le monde entier a intérêt à ce que la fabuleuse crise européenne se règle au plus sacrant, question d'éviter un retour en récession mondiale où tous les pays, y compris le Canada, seraient grandement perdants. Même la vigoureuse Chine!

Encore plus important pour les investisseurs institutionnels: il faut éviter que la crise européenne ne vienne contaminer les grandes banques américaines, lesquelles sont déjà aux prises avec une panoplie de problèmes locaux (des poursuites pour des saisies immobilières jugées trop agressives, des bénéfices en baisse, une menace de récession, un marché immobilier en difficulté, une déconfiture boursière, etc.).

Cela dit, si le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel tiennent tant à l'adoption du plan de sauvetage européen, c'est également par intérêt purement nationaliste.

Comme les grandes banques françaises et allemandes sont lourdement exposées à la crise des dettes souveraines, l'adoption du plan de sauvetage des pays en difficulté leur permettrait de sauver leur propre peau. À la fin de mars 2011, l'exposition des banques françaises aux vulnérables dettes souveraines (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Irlande) atteignait les 163 milliards US et celle des banques allemandes les 106 milliards US.

Le sommet regroupait les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne. Les grandes lignes du plan de sauvetage en question se résument à recapitaliser les banques prêteuses à hauteur d'environ 140 milliards US, à renforcer le Fonds européen de stabilité financière et à faire accepter par les créanciers privés de la Grèce une plus grande dépréciation de la dette souveraine.

Par ailleurs, il est important de rappeler que cela fait déjà un bon mois que les Bourses européennes anticipent l'adoption de ce plan de sauvetage. Après s'être effondrées de 35% en l'espace de quelques mois, les Bourses françaises et allemandes ont respectivement grimpé de 18% et 21% depuis un mois. La Bourse de Londres a suivi avec un gain de 12%.

Après avoir chuté sous la dramatique barre des 20% par rapport à son haut de l'année, Wall Street a rebondi en trois semaines de quelque 15%. La Bourse canadienne a également suivi la tendance haussière en grimpant de 12,3% depuis son creux du 4 octobre dernier.

Je ne veux pas jouer au casse-pied, mais l'adoption du plan de sauvetage européen ne constitue qu'une étape vers la résolution de la crise des dettes souveraines. Encore faudra-t-il l'appliquer et surtout, encore faudra-t-il que les pays en difficultés réussissent à se contrôler pour ne pas retomber en crise financière.

Au fil des prochaines semaines, les marchés boursiers trouveront sans doute l'occasion de nous rappeler qu'il n'y a jamais rien d'acquis pour les investisseurs.

À la moindre rumeur négative, il ne faudrait pas s'étonner de revoir Wall Street re...tester ses creux boursiers du 4 octobre dernier.

Je ne nous le souhaite pas! Malheureusement, j'aimerais vous rappeler que depuis le 9 août dernier, Wall Street a la mauvaise habitude de virer de cap chaque fois qu'il réussit à se redresser d'environ de 7 à 10%.

Comme on vient de défier cette règle en enregistrant une hausse de 15,0% depuis le 4 octobre dernier, de deux choses l'une: ou bien on mange prochainement une grosse claque ou bien la correction est bel et bien finie.