Lorsqu'on file un mauvais coton, on se tourne souvent vers sa famille pour trouver réconfort et soutien. C'est ce que Jean Charest et les libéraux ont fait hier soir en se réunissant en congrès à Québec.

Vincent Marissal LA PRESSE

Unie, la famille? Ô que oui! C'est même impressionnant de voir à quel point ce parti reste soudé, même dans l'adversité, même après des mois de misère.

Au Parti québécois, les militants se vantent de pouvoir débattre ouvertement, au risque de faire parfois sauter la baraque. Chez les libéraux, on valorise d'abord l'unité, la famille.

Cela dit, la famille est inquiète.

En annonçant qu'il accordera à la commission Charbonneau le pouvoir de contraindre si elle le demande, il a visiblement dissipé un gros nuage dans le ciel libéral, mais ils savent qu'en dehors de la bulle de leur congrès, c'est loin d'être gagné pour les prochaines élections.

Jean Charest, le survivant politique par excellence, pourra se dire que la tempête passera, encore une fois, qu'on passera à autre chose, qu'il faudra des mois avant que la commission Charbonneau ne démarre ses travaux. Bref, il peut espérer survivre jusqu'aux prochaines élections, possiblement en 2012. Quelques arrestations spectaculaires ou un grand coup de l'opération Marteau feraient aussi le bonheur des libéraux.

Mais, même le plus optimiste des scénarios chez les libéraux n'efface pas leur principale crainte, François Legault, qui est venu les narguer jeudi soir en annonçant à Québec qu'il annoncera ses intentions le 14 novembre. C'est un secret de Polichinelle que M. Legault lancera effectivement un nouveau parti, bousculant sérieusement la scène politique.

En privé, des élus et des stratèges libéraux avouent qu'ils sont «dans le trouble», que ça va de mal en pis et qu'il ne semble pas y avoir d'éclaircies en vue. Ils constatent aussi que le désir de changement est tellement fort au Québec (les dernières élections fédérales et la montée de François Legault en font la preuve) qu'il est trop risqué d'envisager des élections au printemps 2012. Il vaudrait probablement mieux «laisser traîner François Legault dans le décor» quelques mois de plus, le laisser se commettre en espérant qu'il se plante et que son étoile pâlisse.

Hier soir, Jean Charest a consacré autant de temps dans son discours à parler de François Legault (qui n'a toujours pas de parti) que du PQ de Pauline Marois. La stratégie est simple: mettre Pauline Marois et François Legault dans le même panier, en opposition au PLQ, un parti de «bâtisseurs», a répété M. Charest.

On a aussi remarqué ces derniers jours que le gouvernement Charest s'est mis à s'intéresser aux commissions scolaires, un sujet de prédilection pour la Coalition pour l'avenir du Québec de MM. Legault et Sirois.

Ce n'est pas la première fois que M. Charest s'inspire du programme de ses adversaires, qu'il critique pourtant sans ménagement. Il avait fait la même chose après les élections de 2007, repiquant plusieurs priorités de l'ADQ pour écrire son discours inaugural.

Son arrivée triomphante, hier soir, les ovations font de belles images à la télé. L'unité des troupes rassurera les militants libéraux qui sont bien conscients de l'insatisfaction de la population.

Je ne compte pas le nombre de militants libéraux qui m'ont serré la main en me disant qu'ils avaient bien aimé ma dernière chronique. J'y écrivais pourtant que leur chef avait pondu une commission édentée et que les militants libéraux allaient laisser passer, comme d'habitude.

Après la sortie marquée du Barreau contre la «Patente, version 1», Jean Charest n'avait pas vraiment le choix de reculer. Tout un recul! Un salto arrière sous les applaudissements nourris de la famille.

À peine 48 heures après avoir répété fermement qu'il n'était pas question de donner l'immunité à des criminels, Jean Charest a lui-même détricoté son affaire. Qu'est-il donc advenu de cet avis juridique? Des craintes de «contaminer» la preuve? Ou de protéger des bandits? Ça sent l'improvisation, tout ça. Ou le calcul politique, ce qui serait encore pire.

Le Barreau n'y croyait pas, la magistrature s'inquiétait, l'opposition criait à l'arnaque, les milieux municipal et syndical doutaient et l'immense majorité des commentateurs critiquent.

Dans les circonstances, il aurait été étonnant que la population sautille d'allégresse devant la «patente» imaginée par le gouvernement Charest.

En fait, trois Québécois sur quatre ne croient pas que la commission Charbonneau, dans sa version initiale, puisse faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le monde de la construction.

Entendons-nous, ce genre d'exercice ne fait jamais l'unanimité, surtout en cette ère de désabusement intense. Même la commission Gomery, à ses débuts, avait ses détracteurs.

Jean Charest savait fort bien que sa position était, au mieux, bancale, au pire, intenable, ce pourquoi il a amorcé le recul, hier soir, devant les militants de son parti.

Il n'y a pas que l'unité de la famille libérale qui surprend. La capacité de Jean Charest de passer d'une position à l'autre avec autant de conviction est tout aussi exceptionnelle.

Parlez-en à son ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, qui défendait la «Patente première version» quelques minutes avant que son patron n'aille dire le contraire.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca