Mikhaïl Gorbatchev parlait à Montréal, hier: souvenirs et pensées d'un grand homme.

Mario Roy LA PRESSE

L'humanité est-elle, comme on l'entend souvent, une esclave soumise à des forces supérieures - dieux assortis, demi-dieux de la finance ou obscurs conspirateurs? Est-elle cette chose insignifiante incapable de changer quoi que ce soit aux mystérieux systèmes qui la gouvernent? Et si les êtres humains pris dans leur ensemble sont impuissants à agir de façon significative, comment penser qu'un seul homme ait pu ou puisse changer le cours de l'Histoire?

On croit à cette désespérante fatalité. Puis on rencontre un homme comme Mikhaïl Gorbatchev et on n'y croit plus.

Le dernier secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique parlait à Montréal, hier. Il est titulaire d'un gigantesque bagage politique qu'il déballe avec sincérité et élégance.

En fait, à 80 ans, Gorbatchev est un monument vivant, associé à une période charnière, non seulement de l'histoire contemporaine, mais de celle de l'espèce, littéralement. Lui et Ronald Reagan ont en effet déclenché une révolution que l'on croyait impossible et dont l'échec, dans le pire des scénarios, aurait pu conduire à l'holocauste nucléaire.

Aujourd'hui, le grand combat que mène Gorbatchev est précisément celui du désarmement nucléaire total et global.

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Reagan est «un dinosaure» a pensé de lui le numéro un soviétique après leur première rencontre, en 1985. Un «bolchevique», a pour sa part dit de Gorbatchev le président américain...

Sur ces assises (!), les deux hommes auront pourtant construit de solides liens de respect et de confiance mutuelle. C'était inattendu. Reagan, on le sait, voyait l'URSS comme l'«empire du mal». Et, autour de lui (sauf pour ce qui est du secrétaire d'État George Shultz, qui lui conseillait une politique de la main tendue), on fut étonné de voir le président ravaler sa rhétorique guerrière... Bref, ce rapprochement devait notamment conduire en 1987 au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire éliminant 2700 ogives en sol européen, un point tournant de la guerre froide.

Depuis, Gorbatchev dit volontiers que rien de cela n'aurait pu se produire avec, à la Maison-Blanche, tout autre homme que Ronald Reagan, qu'il a encore généreusement loué, hier. (Il a été plus circonspect en commentant le «règne», que l'on sait appelé à se prolonger, de son concitoyen Vladimir Poutine...)

Certes, l'entreprise de dénucléarisation initiée par le tandem Gorbatchev-Reagan ne s'est pas poursuivie de la façon la plus heureuse. Davantage d'États ont aujourd'hui «la» bombe; au moins un autre - l'Iran - travaille activement à l'acquérir; plusieurs auront les moyens de le faire le jour où ils le voudront. En fait, l'éradication de l'atome militaire est presque devenue une utopie.

Presque.

Car il peut arriver qu'un homme soit capable de changer le cours de l'Histoire, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev vit encore pour en témoigner.