À moins que le ciel ne lui tombe sur la tête, Hal Gill disputera, jeudi à Pittsburgh, le 1000e match de sa carrière dans la LNH.

François Gagnon LA PRESSE

Il deviendra le 266e joueur de l'histoire à atteindre ce plateau; le 38e Américain; le 15e défenseur né au sud de la frontière canadienne; le 12e joueur à passer à l'histoire dans l'uniforme du Tricolore.

Si cette statistique a perdu de son lustre, le plateau de 1000 matchs représente un exploit de taille pour le grand défenseur à qui les observateurs les plus optimistes donnaient peu de chance d'en disputer 100 dans la LNH.

Croisé au Centre Bell, Hal Gill a esquissé un large sourire lorsque La Presse lui a demandé si l'étape qu'il s'apprête à franchir représentait son accession au Temple de la renommée. «Quoi? Tu veux dire que les portes du vrai Temple ne s'ouvriront pas un jour devant moi?»

La réponse va de soi. S'il est chanceux, très chanceux, «Hockey USA» lui fera une petite place au musée américain du hockey au Minnesota.

Mais ça s'arrêtera là.

Pat Burns et Jacques Laperrière

Ce serait toutefois bien mal connaître Harold Priestley Gill III que de croire qu'il lorgne une place de choix dans l'histoire du hockey.

«Je ne sais même pas s'il est courant que ça s'en vient», a d'ailleurs lancé Josh Gorges, qui s'est assuré de toucher du bois avant de commenter ce grand moment dans la carrière de son coéquipier. Pas question de miner les chances de Gill, qui devancera d'une journée Joe Thornton au sein du groupe des joueurs ayant disputé 1000 matchs dans la LNH.

Gill sait très bien ce qui l'attend jeudi à Pittsburgh. Et on ne parle pas ici d'un autre match difficile pour le Canadien. Mais il refuse de s'emballer.

«Je suis très fier d'atteindre cette étape. C'est énorme pour un gars comme moi. J'ai toutefois déjà vécu de très beaux moments dans ma carrière. Soulever la Coupe Stanley - à Pittsburgh, en 2009 - représente l'exploit ultime. Mais j'ai aussi eu la chance d'endosser l'uniforme de mon équipe de jeunesse, les Bruins de Boston, et de défendre les couleurs de deux autres clubs originaux à Toronto et Montréal. Tout ça en dépit des doutes, des critiques et des projections qui m'ont rarement favorisé», expliquait le géant de 6' 7'' en se bombant le torse.

Jeudi, à Pittsburgh, Gill ne perdra pas une seconde à penser à tous ceux qui ont douté de lui. «Je suis fier de les avoir faits mentir. Et Dieu sait qu'ils étaient nombreux. Mais je m'appliquerai à ne pas oublier les plus rares qui m'ont aidé. J'aurai des pensées pour Pat Burns, qui m'a fait la vie dure à mon arrivée à Boston, mais qui a cru en moi. Pour Jacques Laperrière, avec qui j'ai passé des heures et des heures supplémentaires sur la patinoire afin de maximiser mes performances avec le talent limité qui m'a été donné. Pour tous les coéquipiers qui m'ont enduré...»

Lent sur patins, vite dans la tête

À l'aube de son 999e match à vie, Hal Gill n'est pas plus rapide sur ses patins qu'il ne l'était à son entrée dans la LNH, en 1997. Observateurs et partisans ont d'ailleurs lâché des soupirs de dépit lorsque Pierre Gauthier a décidé de lui offrir un contrat l'été dernier.

Josh Gorges assure que ces observateurs et partisans ferment les yeux sur l'importance d'un joueur comme Gill.

«Il est facile de relever les erreurs sur la patinoire. C'est plus facile encore dans le cas de Hal, qui n'est pas le plus rapide. Mais vous fermez les yeux sur le tas de petites choses qu'il fait pour aider la cause de l'équipe. C'est un mentor. Un leader. Un vrai», ajoute Gorges.

On veut bien. Mais comment diable un gars comme Gill peut-il servir de mentor à P.K. Subban, qui patine 100 fois mieux que lui, qui complète des jeux dont Gill ne peut que rêver et qui décoche des tirs sur réception que le grand défenseur ne peut tenter?

«Ce n'est pas sur l'aspect technique que Hal nous aide tous. C'est sur les moyens à prendre pour se préparer avant un match, sur les façons de demeurer concentrés, de ne pas se laisser déranger par les critiques ou abattre par les erreurs. Et ça, c'est aussi important que d'avoir un bon tir sur réception. Même plus, à mes yeux», de poursuivre Gorges, qui a connu ses meilleurs moments avec le Canadien il y a deux ans, en séries éliminatoires, alors qu'il était jumelé à son géant de coéquipier.

Aux yeux de Jacques Martin, le plus bel exploit de Hal Gill est d'avoir été en mesure de maintenir sa place dans la LNH après l'élimination de l'accrochage.

«Il est grand et fort, il a une grande portée, mais ce n'était pas évident de s'abstenir d'accrocher comme c'était permis avant le lock-out. Il a su s'adapter et a développé une grande qualité en désavantage numérique», a commenté l'entraîneur-chef du Canadien.

Au-delà de tous ces bons mots, Hal Gill bénéficierait grandement d'un retour au jeu des défenseurs blessés ou d'un peu de renfort déniché par le directeur général, Pierre Gauthier. Car tant qu'il sera utilisé sur l'un ou l'autre des deux premiers duos d'arrières, Gill, malgré toute sa bonne volonté et sa combativité, pourra difficilement se faire justice et être apprécié à sa juste valeur par les partisans du Tricolore.

Photo: André Pichette, La Presse

«Hal Gill est un leader. Un vrai», dit Josh Gorges.