C'est l'histoire d'une entreprise - CRC Sogema - spécialisée dans les services de conseil en gestion dans différents domaines (dont la finance!) qui se place sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité pour justement éviter la faillite. Le syndic (Raymond Chabot inc.) en est venu à une entente avec les 160 créanciers auxquels Sogema doit autour de 9 millions, la faillite est donc évitée.

Pierre Foglia LA PRESSE

Cette chronique ne s'intéresse qu'à 10 des 160 créanciers, les plus petits, Sogema leur doit chacun entre 11 000 $ et 21 000 $, une misère dans ce genre d'affaires. Selon l'entente conclue entre les créanciers et le syndic (Raymond Chabot inc.), ils recevront chacun 1000 $ plus un pourcentage de 1% de je ne sais trop quoi.

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Antonio De Novellis est prof à la retraite, prof d'électronique. Un jour, il reçoit un appel d'un ex-collègue maintenant chargé de projet chez CRC Sogema: une mission en Haïti, Antonio, cela te tenterait d'aller former des profs en électronique? Tu ferais partie d'une équipe d'une dizaine d'experts dans d'autres domaines. Le projet comporte plusieurs phases.

Un contrat est signé. Antonio recevra des honoraires de 425 $ par jour, plus 87 $ de per diem, plus l'hôtel, plus le billet d'avion, plus les transports. J'en vois qui sursautent, 425 $ par jour, héhé, c'est bien payé pour de l'humanitaire. C'est pas de l'humanitaire. C'est de la coopération. Et c'est le tarif, même un peu en dessous du tarif.

De toute façon, un an et demi après la fin de leur mission, Antonio et les autres n'ont rien reçu du tout, pas un sou. Juste avant de partir, on leur a communiqué que l'entreprise avait des problèmes de liquidités, qu'ils seraient payés dans les 90 jours après leur retour. Ils sont partis quand même en finançant en quelque sorte leur mission. À leur retour, ils se sont fait niaiser un an et demi, jusqu'à cette entente avec le syndic, ils recevront chacun 1000$ pour leurs services, c'était ça ou rien du tout.

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Un truc que je ne comprends pas. Sogema explique ses difficultés par le flop d'une mission en Algérie, par la crise financière internationale, par le report de projets importants, par le manque de liquidités pour les exécuter.

Reste que le client qui a commandé à Sogema cette mission de formation de maîtres en Haïti a payé Sogema puisque la mission a été exécutée, et bien exécutée avec le temps et le fric des exécutants. Pourquoi alors Sogema n'a-t-elle pas payé ces exécutants avec l'argent qui leur revenait? Tout le monde me dit que c'est normal, c'est comme ça que ça se passe quand on se met sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Les fonds vont d'abord à l'assainissement des finances de l'entreprise en difficulté.

Je veux bien. N'empêche, le client de cette mission en Haïti était la Banque interaméricaine de développement (BID). Banque alimentée par les gouvernements des pays des deux Amériques, par l'entremise des organismes d'aide internationale du genre ACDI. Donc des fonds en grande partie publics. Ainsi, votre argent, le mien serviraient parfois à sauver le cul de sous-traitants en payant leur compte courant? Pas sûr que ce soit l'idée que se fait le citoyen ordinaire de la coopération internationale.

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Un autre truc que je ne comprends pas. Antonio et ses collègues experts ont raconté leur mésaventure sur l'internet (Jobpaw.com). Ils en ont mis un peu, quelques exagérations, quelques insinuations pas très élégantes, mais une mise en demeure pour ça? Dans les circonstances? T'as pas un sou pour rembourser à ces petits épargnants ce que tu leur dois, tu les as fait niaiser pendant un an et demi, mais tu trouves quand même de quoi payer un bureau d'avocats pour leur fermer la gueule? Non seulement tu ne les paieras pas, tu leur envoies tes chiens pour les effrayer?

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À la fin, donc, j'ai téléphoné au président de l'entreprise CRC Sogema, il m'a tout bien expliqué, rien d'illégal dans tout ça, m'a-t-il répété à quelques reprises, comme pour me mettre en garde. Il m'a raconté que son entreprise était hors de danger, que de nouveaux investisseurs s'étaient manifestés sous condition, bien entendu, que l'argent neuf serve à repartir du bon pied, pas à éponger les dettes du passé, dettes d'ailleurs qui n'existent plus puisqu'elles sont effacées par l'entente conclue entre les créanciers et le syndic.

Reste que ces petites gens, petites dans le sens de la fortune, retraités pour la plupart, perdent, pour certains, près de 20 000 $...

Alors le président du CRC Sogema a eu une idée assez formidable, il m'a dit: et pourquoi ces gens-là ne reviendraient-ils pas travailler avec nous, ce serait une façon de rentrer dans leur argent...

Des fois, quand je rencontre le président d'une entreprise, je me dis pourquoi c'est lui qui est président? Ben c'est pour ça, vous voyez: le génie.

SALUT, CLAUDE - Moi aussi, d'abord, je tiens à saluer le départ à la retraite de mon collègue Claude Picher. Je me suis fait cent fois demander si nous nous disputions souvent. Jamais. J'ai essayé quelques fois, mais pour être aussitôt désarmé par sa gentillesse et son infinie courtoisie.

Quand je pense à tout ce qui nous sépare, Claude et moi - nous ne nous rejoignons même pas sur le nationalisme, le sien plus... lulucide, mettons-, et quand je pense en même temps à l'affection que je lui porte et qu'il me rend je crois, alors je me dis que tout est possible entre les contraires absolus pourvu qu'ils ne se réclament pas de leur opinion mais de leur sensibilité. Non, non, je ne suis pas du tout en train de vous dire que je suis un être sensible, je vous dis que Claude l'est pour deux.