Les blessures coûtent très cher aux 30 équipes de la LNH. Particulièrement lorsqu'elles frappent l'un ou l'autre de leurs joueurs vedettes.

François Gagnon LA PRESSE

Cher en manque à gagner au niveau des performances sur la patinoire, comme on le constate chez le Canadien avec la perte d'Andrei Markov, qui n'a disputé que 52 des 167 derniers matchs de saison régulière du Canadien.

Cher aussi en salaires gaspillés, alors qu'une super étoile comme Sidney Crosby, jeune capitaine des Penguins de Pittsburgh, touche 9 millions cette année, soit un salaire quotidien - la saison s'étend sur 185 jours - de 48 648 $, bien qu'il ne soit pas en mesure de jouer.

Assurance tardive et sélective

Si les équipes doivent s'en remettre à des jeunes ou des cols bleus rappelés de leur club-école pour combler les vides créés par les blessures, elles peuvent compter sur des assurances pour éponger leurs pertes financières.

Du moins en partie.

Car un blessé doit rater 30 matchs consécutifs avant que l'assureur n'intervienne. Et il ne remboursera alors que 80% du salaire annuel du joueur qui se retrouve sur la touche. Un dédommagement qu'il versera jusqu'au retour du joueur ou jusqu'à la fin de son contrat, selon la première échéance atteinte.

Et s'il se blesse dès ce retour au jeu? «S'il s'agit d'une blessure différente, il devra rater une autre séquence de 30 parties avant qu'on soit dédommagé. S'il aggrave sa blessure initiale, il y aurait sûrement des discussions, mais je crois bien que la couverture serait maintenue», a expliqué hier un dirigeant d'une équipe de la LNH lors d'un entretien avec La Presse.

L'exemple de Sidney Crosby est probant. Blessé le 1er janvier dernier contre les Capitals de Washington, Crosby a été mis hors de combat lors du match suivant. Le 41e de la saison.

Les Penguins ont donc payé le plein salaire à leur capitaine jusqu'au 15 mars. Une somme de 3 356 756 $. L'assureur est ensuite entré en scène pour les 11 derniers matchs de la saison seulement. Mais comme le contrat de Crosby se prolonge cette année, l'assureur verse toujours 80% de son salaire aux Penguins d'ici à ce qu'il revienne au jeu.

Markov: un cas plus compliqué

Mais attention! Comme c'est le cas dans tout contrat d'assurance, les petits caractères réservent parfois des surprises.

Pourquoi? Parce que tous les joueurs ne sont pas assurés. Les assureurs peuvent aussi, et surtout, déterminer des blessures qu'ils n'accepteront pas de couvrir dans le cas où un joueur serait particulièrement vulnérable à une articulation quelconque.

Andrei Markov, qui se remet d'une deuxième opération au même genou en deux ans, se retrouve exactement dans cette situation.

Markov a raté 35 matchs en début de saison 2009-2010 après s'être fait sectionner un tendon du pied droit par la lame du patin de Carey Price. L'assureur a donc remboursé 80% du salaire de Markov pendant cinq rencontres.

Blessé en séries éliminatoires, Markov a profité de l'été 2010 pour mener à bien son rétablissement. Il a raté les 10 premiers matchs de la saison 2010-2011 avant de faire un retour au jeu. L'assureur n'a donc pas eu à s'en mêler.

Mais comme il s'est blessé au même genou après sept rencontres seulement, il a raté les 65 dernières rencontres de la saison.

L'assureur aurait dû rembourser le Canadien pour les 35 derniers matchs. Si Markov était assuré et/ou assurable.

La Presse a tenté de savoir du côté du directeur général Pierre Gauthier quelle était la situation de Markov dans ce dossier. Il a toutefois été impossible d'obtenir réponse à nos questions.

S'il n'a pu obtenir l'appui de l'assureur, le Canadien aura donc versé 5 189 074 $ des 5,75 millions du contrat de Markov alors qu'il était sur la touche.

Qui est couvert, qui ne l'est pas?

Dans la LNH, ce ne sont pas les joueurs, mais les salaires qui sont assurés. Chaque équipe doit donc se doter d'une police équivalente au salaire de l'année en cours de ses cinq joueurs les mieux payés. Le Canadien, par exemple, doit assurer 30,25 millions. Un montant obtenu en additionnant les salaires de Scott Gomez (7,5 M), Michael Cammalleri et Erik Cole (6), Andrei Markov (5,75) et Tomas Plekanec (5) ou Brian Gionta, qui encaisse le même salaire.

«C'est la même procédure pour toutes les équipes, mais en tant que directeur général, je peux ensuite décider qui sont mes joueurs couverts. C'est là que notre stratégie entre en ligne de compte. Cette assurance, au fond, n'est qu'un filet de sécurité dans l'éventualité ou la carrière d'un de nos gars serait compromise. L'argent me servirait alors à embaucher un autre joueur d'envergure», a expliqué le dirigeant de la LNH joint par La Presse.

Une équipe comme les Islanders de New York aurait donc tout intérêt à protéger un joueur phare de son équipe, comme John Tavares ou Mark Streit. À Columbus, les Blue Jackets l'imiteraient en protégeant Rick Nash.

À Montréal, la stratégie pourrait être différente. Le Canadien pourrait laisser un gars comme Scott Gomez sans protection parce qu'il pourrait être remplacé à bien moindre coût. Le Tricolore étendrait alors sa couverture d'assurance au-dessus de joueurs qui coûtent moins cher que Gomez, mais dont l'importance au sein de l'organisation est plus grande que celle du vétéran joueur de centre.

Il a toutefois été impossible de poser la question au directeur général du Tricolore.

«Je ne sais pas comment ça fonctionne à Montréal, mais nos joueurs ne savent pas s'ils sont couverts ou non. Comme nous ne savons pas s'ils ont acheté des polices personnelles avec des assureurs. Mais assurés ou non, on aime que nos joueurs évitent les blessures. Ça coûte moins cher. En argent et en performances...»