La barbarie sera-t-elle un jour reconnue par l'UNESCO comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ? Cette étrange question pourrait se poser si l'un ou l'autre apôtre de la tauromachie, cet « art » de plus en plus contesté et donc avide de légitimité, soumet une demande en ce sens.

Mario Roy LA PRESSE

Or, certains y songent, en particulier depuis que la Catalogne a interdit les corridas sur son territoire: la dernière a eu lieu, il y a trois jours, à Barcelone.

En Espagne, quelques villes les interdisaient déjà, mais la tauromachie demeure une institution nationale. Au Mexique, l'opposition à la corrida est moins organisée même si le pays en est devenu le haut lieu mondial. On y trouve en effet 500 arènes (dont une de 42 000 places) et des toreros qui ont parfois moins de 12 ans !

Mais, curieusement, c'est la France qui, la première, pourrait se manifester.

L'industrie de la corrida est en effet bien implantée dans une cinquantaine de villes du sud du pays, qui jouissent d'une dispense leur permettant, à elles et à elles seules, de maltraiter les animaux. En janvier dernier, elles ont aussi obtenu de Paris, pour la corrida, le statut de bien culturel immatériel qui sera éventuellement revendiqué au niveau international.

À la défense de la tauromachie, les aficionados invoquent essentiellement quatre arguments. La tradition. L'« art ». Le parrainage de grands artistes et littérateurs, de Picasso à Montherlant. Ainsi qu'une théorie voulant que le taureau ne souffre pas.

Sur ce dernier point (quelle absurdité !), nous préférerions avoir le témoignage du taureau.

Quant aux autres points, voici. Souhaitons-nous conserver tout ce qui, un jour, s'est inscrit dans l'une ou l'autre tradition? Quelqu'un a-t-il tenu le compte de toutes les horreurs que de grands esprits ont cautionnées? Et l'« art »? S'il est aujourd'hui mal vu de se prononcer sur ce qui est de l'art ou n'en est pas, la plupart des esthètes hésiteront néanmoins à anoblir de cette façon le sable ensanglanté des arènes...

Mais, au fait, cela nous regarde-t-il vraiment ? Oui.

Certes, les bêtes peuvent être molestées de bien des façons. Mais un seul type de maltraitance, un seul, est fondé sur la torture sophistiquée et la lente mise à mort d'un animal, légalement sacrifié pour le profit de quelques-uns, le plaisir d'une foule et le défi machiste consistant à déterminer qui, du torero ou du taureau, est équipé des plus grosses... Tout cela a un arrière-goût de cirque romain et ne fait pas honneur à l'humanité dont, jusqu'à nouvel ordre, nous faisons partie.

Souhaitons que l'UNESCO soit bel et bien saisie du dossier: ce serait l'occasion d'en débattre et de le régler.