Encore cette année, la commémoration du massacre du 11 septembre 2001 a largement consisté à dénoncer la «montée de l'islamophobie» en Occident. Surtout aux États-Unis. Ainsi aurons-nous été occupés depuis 10 ans à pourfendre une violence vengeresse... qui ne se concrétise jamais. Surtout pas aux États-Unis.

Mario Roy LA PRESSE

Les dernières statistiques disponibles, celles de 2009 relayées au FBI par 14 000 corps policiers américains, indiquent en effet ceci: les Noirs (2902 victimes), les gais (1435) et les juifs (1132) ont été bien davantage visés que les musulmans (132 victimes) par des crimes haineux allant du vandalisme aux voies de fait. De 2005 à 2009, aucun musulman n'a été victime d'homicide à caractère haineux.

En outre, depuis 2001, le nombre de mosquées est passé aux États-Unis de 1200 à 1900, ce qui est peu compatible avec une islamophobie galopante...

Les faits étant irréfutables, la lutte contre l'islamophobie consiste donc surtout à dénoncer des crimes futurs (!), des incidents mineurs et des têtes givrées du web et de la radiopoubelle. Lesquelles n'épargnent d'ailleurs pas les autres minorités: les Latino-Américains, notamment, sont plutôt bien servis...

Ce statut particulier accordé à l'islamophobie est donc essentiellement une victoire de l'islam politique.

«Le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes», juge la journaliste française Caroline Fourest, spécialiste des fondamentalismes religieux. Dans son ouvrage tout neuf, Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, l'essayiste québécoise Djemila Benhabib voit aussi qu'on peut «faire taire tout un chacun en utilisant à profusion les accusations de xénophobie, de racisme et... d'islamophobie».

Elle qui signait il y a deux ans Ma vie à contre-Coran, une première dénonciation de l'islam politique, estime que celui-ci est allé, depuis lors, de victoire en victoire.

De fait, cette mouvance aura réussi l'impossible: unir l'extrême droite islamiste, les féministes radicales (Fédération des femmes du Québec) et la gauche de la gauche (Québec solidaire) dans un même combat! «L'islamisme a trouvé ses idiots utiles et le féminisme, ses fossoyeurs», commente l'auteure.

Cependant, le noyautage d'organisations marginales est une vieille invention. C'était jadis la spécialité des groupuscules marxistes et ça ne les a pas menés très loin. Est-ce que ce sera différent avec l'islam politique?

Djemila Benhabib remarque que celui-ci est déjà parvenu à installer «une hiérarchie des droits fondamentaux et que l'égalité des sexes passe très souvent en dernière position». Il s'agit d'un développement majeur dont nous nous sommes déjà inquiétés dans cette colonne. Et qui alarme aussi l'Association québécoise de droit constitutionnel.

Le travail de sape souterrain remodelant nos droits n'est certes pas aussi spectaculaire que l'érosion du béton des ponts et viaducs. Mais il est encore plus dangereux et doit lui aussi être tenu à l'oeil.