Nous publions aujourd'hui le second éditorial sur l'avenir du livre.

Publié le 19 nov. 2010
Mario Roy LA PRESSE

Actuellement, une part de 9,03% du marché américain de la littérature générale est occupée par le livre numérique *. Modeste? Oui, mais trompeur: le créneau est notamment nourri par la clientèle des 7% de lecteurs qui sont des boulimiques, consommant à eux seuls 41% des ebooks! De sorte que la progression du livre dématérialisé va rapidement devenir spectaculaire.

 

En un mot, les ventes de livres virtuels passeront de 1 à 3 milliards $US d'ici 2015.

Déjà, elles ont augmenté de 193% pour les huit premiers mois de 2010 par rapport à la même période en 2009. Quelque 35% des clients d'Amazon choisissent dorénavant le format numérique lorsqu'il est disponible... ce qui arrive souvent: 650 000 titres chez ce seul libraire. Les tablettes et liseuses ont déjà établi un record de rapidité de dissémination pour un appareil électronique - et, aux Fêtes, ce sera la ruée. Quelque 54% des Américains qui magasinent sur iPad achètent des livres numériques...

Tout ça, évidemment, c'est aux États-Unis. La Grande-Bretagne admet avoir trois ans de retard. Quant à la francophonie, vaut mieux ne pas en parler: Google «numérise» Hachette, c'est tout dire.

* * *

Pourquoi eux et pas nous? Voici, en vrac, quelques réponses:

• Les Américains, historiquement de gros consommateurs de livres, ne sont pas par réflexe pavlovien des anticapitalistes technophobes.

• De puissantes entreprises commerciales ont investi massivement dans le ebook en se préoccupant du lecteur - aussi étrange que cela paraisse à nos yeux. Il s'agit des gens de chez Amazon, évidemment, mais aussi de Barnes & Noble et maintenant de iBooks, entre autres.

• Tous ceux-là ont fondé leurs projets sur la simplicité d'utilisation, la fiabilité, la diversité de l'offre, les bas prix (et le profit...), quitte à inventer une nouvelle structure commerciale du livre.

• Enfin, il existe une telle chose que le génie créateur. Le Kindle, exclusivement voué à la lecture et téléchargeant directement du libraire, aura été en 2007 une innovation majeure. En 2010, l'iPad, petite merveille des créateurs de chez Apple, fait de la flânerie en librairie virtuelle, de l'achat de livres et de la lecture un plaisir pur, libéré des entraves matérielles.

Il ne s'agit pas d'idolâtrer la nouvelle technologie: comme le livre-objet, elle n'est qu'un outil. Mais il serait ridicule de se réfugier dans le c'était bien mieux avant de grand-papa.

Le livre-objet va être marginalisé, sans disparaître complètement, bien sûr: il subsiste en 2010 des graveurs sur pierre... Pourquoi pas? De la forêt à la librairie, du moulin à papier à l'imprimerie, d'un camion à un autre et de l'entrepôt au pilon, le livre-objet est devenu un anachronisme inefficace et dilapidateur.

* Tous les chiffres cités proviennent du Financial Times et de l'Association of American Publishers.