En près d'un tiers de siècle de journalisme, j'ai vu passer pas mal de gouvernements. En fouillant dans mes souvenirs, je ne crois pas avoir vécu une période politique aussi peu inspirante, aussi déprimante, aussi bloquée que celle que nous traversons, tant à Ottawa qu'à Québec.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

En près d'un tiers de siècle de journalisme, j'ai vu passer pas mal de gouvernements. En fouillant dans mes souvenirs, je ne crois pas avoir vécu une période politique aussi peu inspirante, aussi déprimante, aussi bloquée que celle que nous traversons, tant à Ottawa qu'à Québec.

À Québec, on a déploré les dérapages à l'Assemblée nationale. Il faut y voir un symptôme de l'impasse politique plutôt que sa cause première. Car la forme suit le fond. C'est parce que la nature a horreur du vide que les débats parlementaires se sont transformés en marches de lutte dans la boue.

L'impasse politique à laquelle les citoyens sont confrontés, après avoir dû subir des débats au ras des pâquerettes, c'est d'avoir à choisir entre un gouvernement usé et une opposition qui n'a pas démontré son aptitude au pouvoir. Résultat: des sondages où ils expriment une profonde méfiance à l'égard des politiciens et un taux d'abstention croissant aux élections.

Le malaise actuel tient en premier lieu aux signes de fatigue du gouvernement de Jean Charest après sept ans aux commandes de l'État, qui s'exprime par un manque d'élan général, l'épuisement de certains ministres, la multiplication d'incidents qui trahissent un laxisme éthique en général associé à l'usure du pouvoir.

Et ce n'est pas parce que le Québec est mal dirigé. Dans de très nombreux domaines, le gouvernement libéral s'acquitte très bien de sa tâche: par exemple ses politiques de crise et son budget d'après-crise, les négociations du secteur public, les dossiers de l'énergie et de l'environnement, la lutte à la pauvreté, ou encore l'ouverture sur l'Europe initiée par Jean Charest.

Mais il y a un flottement du leadership, une espèce d'absence du premier ministre qui ne semble pas toujours capable d'intégrer ces diverses actions dans un tout intelligible et stimulant, une absence de constance dont le symbole est pour moi la tenue d'un sommet économique qui aura été sans lendemain, une absence de contrôle dont le symbole serait certainement qu'on ait pu nommer Tony Tomassi ministre et ensuite le laisser sévir aussi longtemps.

Il est vrai que les difficultés du gouvernement tiennent aussi à l'action d'une opposition féroce, trop féroce même, en ce sens que le caractère presque hystérique des attaques des péquistes dirigés par Pauline Marois ont eu un effet boomerang. D'une part parce que les sorties, souvent sans nuances, sur l'intégrité du gouvernement ont arrosé l'arroseuse et renforcé bien des citoyens dans leur conviction que tout le monde est pourri en politique. Et d'autre part parce que les dénonciations tous azimuts des politiques libérales permettent de se demander comment le PQ réussirait à exercer le pouvoir.

Le résultat net, c'est que le PQ a le plus grand mal à tirer profit de l'impopularité libérale. En cela, il n'est pas aidé par l'impasse structurelle d'un parti souverainiste incapable de faire la souveraineté et qui, sans son option, a du mal à se distinguer de ses adversaires. Le PQ en est rendu au stade où le scénario le plus heureux sur lequel il peut compter est que Mme Marois l'emporte par défaut, comme elle l'a fait pour la direction de son propre parti.

Et tout cela, dans un contexte où il n'y a pas de sauveur à l'horizon. Pas de Jean Charest prometteur comme il y a 10 ans. Pas d'ADQ et de Mario Dumont. Pas de Lucien Bouchard. Pas de «troisième force». Morale de l'histoire, il faudra faire avec ce dont nous disposons. Et cela signifie, pour M. Charest, de retrouver son ardeur pour être le premier ministre qu'il peut être; et pour Mme Marois à commencer à se comporter comme une future première ministre.