Il y a cinq ans presque jour pour jour, soit le 23 février 2005, le gouvernement fédéral abolissait la limite de 30% de contenu étranger (actions, obligations, fonds...) dans les régimes enregistrés, tels les REER, FERR, CRI, etc.

Mis à jour le 15 févr. 2010
Michel Girard
Michel Girard LA PRESSE

Le gouvernement de Paul Martin cédait ainsi aux immenses pressions que le merveilleux monde de la haute finance exerçaient sur lui depuis de nombreuses années. L'argument choc évoqué par les bonzes de la finance se résumait globalement à ceci: pour le «bien» des épargnants, il fallait absolument diversifier géographiquement nos portefeuilles d'épargne retraite.

Selon leurs dires, la Bourse canadienne, qui représente à peine 3% de la capitalisation boursière mondiale, était trop petite pour répondre aux besoins d'épargne retraite des Canadiens. Conséquemment, il leur apparaissait trop risqué de concentrer 70% de notre épargne retraite uniquement dans les valeurs canadiennes.

L'unique façon de régler ce problème de concentration dans les titres canadiens était d'ouvrir toutes grandes les portes des régimes enregistrés aux placements étrangers.

Évidemment, l'abolition de cette limite de 30% de contenu étranger a eu pour effet immédiat d'amener les conseillers financiers à recommander à leurs clients d'investir le plus possible dans des valeurs étrangères, que ce soit dans des valeurs américaines, européennes, asiatiques, etc.

Cinq années ont passé... Le temps est venu de faire un petit bilan de cette «coûteuse» mesure qui a royalement enrichi l'industrie canadienne des fonds communs de placements. Précisons ici que les firmes de fonds communs exigent des frais de gestion nettement plus élevés sur la panoplie de fonds étrangers. Eh bien, le bilan de nos placements étrangers est vraiment faible depuis l'abolition de la limite de 30% de contenu étranger.

Pour s'en rendre compte, il suffit de constater le piètre rendement obtenu par les divers indices de référence des placements étrangers.

Comme vous pouvez le constater dans le tableau qui accompagne cette chronique, les placements boursiers étrangers ont enregistré une contre-performance au cours des deux périodes analysées de trois et cinq ans.

Pendant que les Bourses mondiales affichaient de piètres rendements, qu'a fait pour sa part la Bourse canadienne?

Elle s'en est fort bien tirée sur la période de cinq ans: l'indice composé S&P/TSX présente un rendement annuel composé de 7,6%. Et pour la période de trois ans? La Bourse canadienne affiche un gros 0%. Ce qui est tout de même nettement mieux que les Bourses étrangères avec leurs lourdes pertes.

Pour leur part, les épargnants frileux qui se contentent d'investir dans des certificats de placement (CPG) de cinq ans ont encaissé un rendement annuel composé moyen de 2,8% sur trois ans et de 2,9% sur cinq ans.

Même rendement ou presque pour les investisseurs qui se sont contentés de placer leurs liquidités dans les bons du Trésor de 91 jours.

Du côté du marché obligataire canadien, l'indice DEX Universe Bond présente des hausses respectives de presque 5,2% sur trois et cinq ans. Cet indice regroupe quelque 900 obligations émises par les divers ordres de gouvernement (fédéral, municipal, provincial) et les grandes sociétés.

Là aussi le Canada s'est avéré «le plus meilleur pays au monde» alors que les obligations internationales (selon l'indice Citigroup WGBI) ont rapporté à leurs détenteurs un rendement annualisé de 4,3% sur trois ans et de seulement 1,7% sur cinq ans.

Morale de ce bilan financier: l'abolition de la limite de 30% de contenu étranger a appauvri notre portefeuille REER jusqu'à maintenant. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas contre la diversification étrangère, mais avec grande modération.