Les champs électromagnétiques sont de retour dans l'actualité, avec la décision de la Direction générale de la santé publique du Québec de «procéder à un examen de la problématique» des antennes-relais de téléphonie cellulaire. Ce débat suscite beaucoup de questions, voire des inquiétudes. Tour de la question.

François Cardinal
François Cardinal LA PRESSE

Les antennes-relais, les cellulaires, le wi-fi et le chauffage à l'électricité produisent tous des champs électromagnétiques. Y a-t-il des craintes à avoir? 

Michel Arnold, Option consommateurs : Les avis sont très contradictoires. Bon nombres d'études montrent que les champs électromagnétiques (CEM) peuvent avoir des effets sur la santé, d'autres affirment que les risques sont nuls ou extrêmement faibles. En bref, on ne peut toujours pas affirmer avec certitude qu'ils représentent un risque pour la santé.

Lorne Trottier, ingénieur électrique, responsable du site internet «CEM et santé»: Non. L'ensemble de la recherche scientifique sur cette question a été examiné par plusieurs organisations prestigieuses de santé publique. Elles arrivent toutes à la même conclusion : il n'y a pas de preuves scientifiques que les champs électromagnétiques causent des problèmes de santé.

François Therrien, collectif «Sauvons nos enfants des micro-ondes» : Des craintes sérieuses sont de mises, car les CEM sont nouveaux et leur progression est exponentielle depuis cinq ans. De plus, leur puissance augmente constamment au gré des changements technologiques.

Aurélie Prévot, Institut National de l'environnement industriel et des risques (France) : La question est complexe, car il faut distinguer les types de champs, les effets thermiques des effets purement électromagnétiques... et surtout, les différentes sources. En outre, on a réalisé beaucoup d'études toxicologiques, mais aucune sur l'exposition des populations. L'INERIS travaille actuellement avec l'Université de Besançon pour produire la première étude du genre.

Pourquoi le débat porte-t-il actuellement sur les antenne-relais?

François Therrien : Parce que vous ne pouvez pas échapper aux micro-ondes de ces antennes si elles sont installées près de votre demeure, de votre lieu de travail ou, pis encore, d'une garderie ou d'une école. Contrairement aux téléphones utilisant des micro-ondes, vous ne pouvez pas restreindre individuellement votre exposition.

Doit-on craindre l'effet sur la santé des champs électromagnétiques produits par les antennes-relais?

Michel Arnold : L'exposition aux champs électromagnétiques produits par les antennes-relais est beaucoup moins élevée que celle liée aux téléphones cellulaires. Cependant, le nombre de ces antennes s'accroît dans l'environnement, augmentant ainsi notre exposition passive.

François Therrien : Oui. Ces micro-ondes perturbent le fonctionnement du corps humain. Tout comme elles font réagir les plants de tomates, désorientent les abeilles et font mourir prématurément des rats en laboratoire. De nombreuses études épidémiologiques reconnues par l'OMS ont montré des augmentations de 3 à 4 fois des cas de cancers chez les personnes vivant à moins de 300 m des antennes. Mais elles sont contestées par les industriels des communications.

Y a-t-il consensus scientifique sur cette question?

Lorne Trottier : Oui, puisqu'il n'y a aucune preuves scientifique que les champs électromagnétiques causent des problèmes de santé. Comme sur beaucoup de questions complexes, il y a souvent une minorité qui a un point de vue différent. On a qu'à penser à la question du réchauffement planétaire, aux vaccins ou à l'autisme.

François Therrien : Il y a unanimité scientifique sur le fait que ces micro-ondes peuvent provoquer des malaises et des maladies sérieuses. Mais il y a désaccord scientifique sur le niveau d'exposition acceptable pour prévenir ces effets néfastes.

Pourquoi les médecins semblent-ils se contredire sur cette question?

Michel Arnold : Parce qu'il existe nombre d'études dont les résultats sont contradictoires. Des chercheurs suisses de l'université de Berne ont examiné les conclusions mises de l'avant dans 59 études de toutes origines ainsi que leur financement. Conclusion : alors que 82 % des recherches financées par des fonds publics concluent à au moins un effet sur la santé, ce n'est le cas que d'un tiers des études payées par l'industrie.

Doit-on adopter le principe de précaution, et pourquoi?

Michel Arnold : Des études font état de risque de cancer. La preuve scientifique n'est pas faite, mais dans le doute, mieux vaut faire acte de prudence et réduire tant que possible notre exposition aux CEM. Option consommateurs recommande donc aux citoyens et aux instances gouvernementales d'appliquer le principe de précaution.

Lorne Trottier : Le principe de précaution est utilisé par certains groupes de pression qui demandent une garantie absolue qu'il n'y ait pas de danger. Ceci est impossible car la science ne peut jamais prouver un négatif. Il est impossible de prouver à 100 % qu'il n'y a pas de danger. Ce que la science peut dire, c'est qu'il n'y a jusqu'à présent aucune preuve qu'il existe. Le principe de précaution tel qu'il est appliqué par ces groupes voudrait dire que beaucoup des technologies rayons X et autres systèmes d'imageries médicales n'auraient jamais vu le jour.

Les normes du gouvernement canadien quant à la puissance maximale des antennes-relais sont-elles adéquates?

Michel Arnold : Par mesure de précaution, Option consommateurs recommande à Santé Canada et à Industrie Canada de revoir à la baisse les limites d'exposition aux émissions de radiofréquences. Toujours par mesure de précaution, nous recommandons également aux municipalités, ainsi qu'à Industrie Canada, de ne plus autoriser l'implantation d'antennes relais à proximités des garderies et des écoles. D'autres pays ont déjà légiféré en ce sens : la Finlande interdit toute antenne à moins de 300 mètres des écoles et Israël interdit l'installation d'antenne relais sur les bâtiments d'habitation.

Lorne Trottier : Les normes au Canada sont similaires aux normes internationales établies par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants. La plupart des autres pays suivent les normes similaires incluant les États-Unis et les pays européens. Mais en pratique le niveau de CEM, même pour ceux qui habitent très prés des antennes relais sont infiniment plus bas que ces normes. Pour atteindre la norme, il faut monter en haut de la tour et se mettre directement en face de l'antenne.

François Therrien : Non, nous demandons de les modifier rapidement. Nous revendiquons une exposition maximale à l'extérieur de 1000µW/m2, de 10 µW/m2 dans nos maisons et aucune antenne cellulaires à moins de 300 m des écoles. Des pays ont déjà commencé à appliquer ces normes (Autriche, Lichtenstein, Italie, Russie, Chine, Luxembourg). La norme canadienne actuelle est présentement de 10 000 000µW/m2 peu importe l'endroit et les personnes exposées, soit près de 10 000 fois ce qui s'implante présentement en Europe...