Le retour des déficits annoncé par le dernier budget du gouvernement du Québec a été accueilli avec philosophie par les Québécois. L'État n'a-t-il pas l'obligation, en période de récession, de relâcher la discipline budgétaire afin de stimuler l'économie?

André Pratte LA PRESSE

Le problème, dans le cas du gouvernement québécois, c'est que les déficits prévus pour les quatre prochaines années ne sont pas causés par le plan de relance, mais par la croissance continue des dépenses ordinaires de l'État.

 

En effet, le trois quarts des sommes additionnelles prévues pour 2009-2010, 1,9 milliard, vont aux ministères de la Santé et de l'Éducation. Contrairement à la croissance limitée à 3% qu'on avait prévue l'an dernier, le gouvernement Charest laisse ses dépenses augmenter de 4,5%. Les documents budgétaires parlent d'un «relèvement des dépenses de programmes pour atténuer les effets du ralentissement économique» de 800 millions; dans les faits, le gouvernement se sert de la récession pour camoufler son incapacité à freiner l'augmentation de ses débours. Les montants du plan de relance s'ajoutent et ne représentent que 400 millions.

Au cours des dernières années, le gouvernement du Québec a considérablement accru ses dépenses, non seulement pour renflouer les réseaux de la santé et de l'éducation mais aussi pour financer d'autres programmes populaires, tels les congés parentaux et les garderies à 7$. Il est parvenu à le faire grâce à une forte augmentation de ses revenus, fruit de la croissance économique, et à une hausse importante des transferts fédéraux. De plus, malgré un endettement toujours plus lourd, le service de la dette ne lui coûte pas plus cher - remercions la baisse des taux d'intérêt!

Voici qu'arrive la récession; les revenus stagnent, Québec est coincé.

Le gouvernement Charest prévoit reprendre le contrôle de la situation à compter de l'an prochain. Il annonce que l'augmentation de ses dépenses de programme sera plafonnée à 3,2% en 2010-2011. Si les libéraux veulent continuer à pomper de l'argent en santé et en éducation, les sommes consacrées à tous les autres ministères, y compris le ministère de la Famille (les garderies) devront être gelées, voire comprimées.

Pire encore: selon les projections des Finances, même une fois ce tour de force accompli et malgré l'augmentation annoncée de la TVQ, il manquera 1 milliard pour atteindre l'équilibre budgétaire.

Si, en plus, les revenus du gouvernement augmentent moins vite que prévu, ou si les taux d'intérêt grimpent davantage qu'espéré, il faudra remplacer le bistouri par la hache.

On peut compter sur l'Assemblée nationale pour nous inventer un nouveau déséquilibre fiscal qui permettra de blâmer Ottawa. Or, la réalité est tout autre: le véritable déséquilibre, c'est celui qui existe entre les programmes publics que s'offrent les Québécois et leur capacité (ou leur volonté) de les payer.

apratte@lapresse.ca