Le gouvernement libéral n'avait pas le choix de créer un déficit en cette période de récession mondiale. Ces déficits, de 3,9 milliards pour cette année, et de 3,8 milliards pour l'an prochain, étaient inévitables. Mais la difficulté de les ramener à zéro par la suite, et surtout, l'augmentation de la dette que cela provoquera, sont de puissants révélateurs de l'extrême précarité des finances publiques québécoises.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Le Québec fonce dans un mur. Après la crise économique, le Québec se dirigera vers une autre crise, dont il ne se sortira que par des remises en causes profondes des missions de l'État, des façons de dispenser les services publics, ou encore en acceptant une augmentation du fardeau fiscal.

 

En regardant plus attentivement le budget, j'ai découvert qu'il manquait un chiffre, pourtant pas mal important: le gouvernement devra, dans les quatre prochaines années, trouver 8,768 milliards pour réussir à réduire le déficit à zéro. C'est colossal.

Le budget propose une stratégie en trois volets pour revenir à l'équilibre en 2013-1014. Le premier volet est défini et chiffré, ce sont les hausses de revenus. Le deuxième volet est défini, mais pas chiffré, et c'est un ralentissement de la croissance des dépenses. Le troisième volet est chiffré, mais pas défini, décrit comme les «autres mesures à définir».

Sur le plan des revenus, la ministre prévoit trois choses: une lutte à l'évasion fiscale qui rapporterait, en quatrième année, 900 millions, une indexation des tarifs qui donnera 195 millions, et une hausse d'un point de pourcentage de la taxe de vente, 1,265 milliard, pour un total de 2,36 milliards en 2013-2014.

Le deuxième volet, c'est de ralentir à 3,2% la croissance des dépenses de programmes. C'est considérable, parce que la croissance normale est plutôt, depuis des années, de 5%. Le budget ne chiffre pas cependant cet effort. Avec ce contrôle, les dépenses atteindraient 67,915 milliards dans quatre ans. À leur rythme habituel, ce serait plutôt 72,913 milliards. Une différence de 4,998 milliards, sans aucune précision sur la façon dont elles pourraient être comblée.

Le troisième volet, les «autres mesures à identifier», exigeront que l'on trouve un autre 3,770 milliards d'ici 2013. Si le gouvernement regarde du côté des dépenses, il faut additionner ces deux volets, ce qui nous donne un total de 8,7 milliards en quatre ans. Les dépenses de programme qui, normalement, auraient atteint 72,9 milliards, devraient être ramenées à 64,1 milliards, une réduction de 12%.

Gros programme pour Mme Jérôme-Forget, son éventuel successeur, et ses collègues. Le gouvernement devra trouver ou couper 869 millions l'an prochain, 2,78 milliards dans deux ans, 2,76 dans trois ans, et 2,369 milliards dans quatre ans. Où? Comment? Surtout quand on veut épargner la santé et l'éducation. À moins d'augmenter les impôts.

Et ces efforts, surhumains, ne nous sortent pas du bois. On a pu voir que le Québec, tous gouvernements confondus, a tout juste réussi, au prix d'entourloupettes, à respecter l'objectif du déficit zéro. Mais le véritable assainissement des finances publiques passe par la réduction de sa dette. Celle-ci, malgré l'effort louable mais symbolique du fonds des générations, n'a jamais cessé d'augmenter. La dette nette, à 129 milliards l'an dernier, atteindra 145,6 milliards en 2011. Seize milliards de plus, ce qui la portera à 46% du PIB, en raison des soldes budgétaires négatifs et des emprunts, notamment pour les infrastructures.

Comment s'en sort-on? Par la création de richesse, j'en suis convaincu. Mais aussi par une réflexion que, finalement, nous n'avons toujours pas poussée jusqu'au bout. Ce qu'on pourrait appeler l'ouverture de la saison de la chasse aux vaches sacrées.

adubuc@lapresse.ca