Le troisième budget de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, n'est pas flamboyant. Il n'est pas imaginatif. Il ne fait pas rêver. Mais il fait le job, c'est-à-dire qu'il contribue à stimuler l'économie et à contrer les effets de la récession.

Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Le problème de la ministre, c'est qu'elle devait faire une chose et son contraire, dépenser pour stimuler l'économie dans un premier temps, et dans un second temps, une fois la récession terminée, appliquer brutalement les freins pour éliminer le déficit qu'elle venait de créer. Le premier objectif est atteint. Par contre, il est beaucoup moins évident qu'elle tiendra son second pari.

 

Commençons par ce qui nous importe tous, la lutte contre la récession. L'effort additionnel proposé par le budget est modeste, des dépenses de moins de 1 milliard sur deux ans, qui permettront d'injecter 3 milliards dans l'économie. Est-ce assez? Probablement, oui, si l'état de l'économie ne continue pas à se détériorer.

Cet effort s'ajoute à ce qui a déjà été fait. Selon les données du budget, au total, les initiatives gouvernementales permettront d'injecter 15 milliards dans l'économie sur deux ans. Ces sommes, quand on tient compte des efforts fédéraux, sont supérieures en proportion au plan de relance du président Obama. C'est énorme.

Il est vrai qu'une grosse partie de cet argent ne provient pas de fonds publics, mais de prêts, de contributions d'autres organismes. Il est vrai aussi que l'essentiel avait été annoncé avant ce budget, notamment les 6 milliards sur deux ans du programme d'infrastructures, lancé en 2007 dans un tout autre contexte, quand il n'y avait pas de récession à l'horizon.

Mais c'est un faux problème. L'important, c'est que l'argent, peu importe d'où il vient, soit au bon endroit, au bon moment. Le providentiel programme d'infrastructures est déjà en marche, et les interventions nouvelles, concentrées dans le financement des entreprises et l'aide aux travailleurs, sont ciblées et auront un effet rapide. Il ne faut pas non plus oublier que, dans une logique keynésienne, le fait que le gouvernement crée un déficit, 3,9 milliards cette année et 3,8 milliards l'an prochain, contribue à la relance. Ce déficit, inévitable, joue un rôle utile.

À condition qu'on le résorbe. À ce chapitre, la ministre est moins convaincante. Elle se donne quatre ans pour le ramener à zéro. En limitant la croissance des dépenses à 3,2%, ce qui serait un tour de force. En comptant sur une hypothétique lutte à l'évasion fiscale. En misant sur des trouvailles, non précisées, pour couper 1 milliard par année.

Les seuls outils de réduction du déficit crédibles, ce sont l'indexation des tarifs et une hausse de 1% de la TVQ, en 2011, quand la reprise sera au rendez-vous. Une source de revenus, mais aussi un virage important de la philosophie fiscale. Espérons que le contexte budgétaire permettra de faire accepter ces initiatives impopulaires.

Derrière tout cela, il y a une grande inconnue: le contexte économique. Le budget repose sur la moyenne des prévisions du secteur privé, qui s'attend à un recul de 1,2% cette année. Un scénario où la récession québécoise sera moins profonde que chez nos voisins et où la reprise, timide, commencera plus tard cette année, notamment en Ontario dont le taux de chômage, à 8,7%, dépasse le 7,9% du Québec.

Le budget repose certes sur le scénario le plus plausible. Mais les prévisions ont été si souvent corrigées à la baisse et les écarts entre spécialistes si grands, qu'en fait, on ne sait pas ce qui va se passer.

Il faut donc croiser les doigts. Et espérer que si les choses vont plus mal, la ministre pense déjà à un plan B.