Il n'y a rien de plus «sain» qu'une bonne correction pour redonner des ailes à la Bourse.

Michel Girard

Il n'y a rien de plus «sain» qu'une bonne correction pour redonner des ailes à la Bourse.

Question de circonstance: est-ce que la débandade survenue depuis la semaine dernière est suffisante pour repartir à la hausse sur de solides assises boursières?

Et suffit-il d'une baisse d'un demi-point du taux d'escompte de la Réserve fédérale américaine pour envisager la fin de la présente crise financière qui frappe les États-Unis?

Commençons par jeter un coup d'oeil à l'ampleur de la correction, soit le pourcentage de baisse enregistré entre le creux de la séance de jeudi dernier et le sommet historique atteint il y a à peine un mois, soit à la mi-juillet.

Pendant que le Dow Jones accusait un recul de 10,8%, l'indice S&P 500 de la Bourse de New York affichait une perte de 12% et le NASDAQ une baisse de 12,5%.

De ce côté-ci de la frontière, la débandade frappait beaucoup plus fortement: au pire de la tempête de jeudi dernier, le S&P/TSX de la Bourse de Toronto s'effondrait de 15% par rapport à son récent sommet du 19 juillet dernier, et le S&P/TSX Venture se faisait plumer de 30%.

Un rappel des faits. Après avoir enregistré une série de records historiques jusqu'à la mi-juillet, les marchés boursiers se sont finalement trouvé une bonne raison de se corriger à la baisse.

L'ampleur de la crise américaine du crédit hypothécaire à risque serait telle que plusieurs grandes institutions financières devront déclarer de lourdes pertes à la suite de la situation précaire dans laquelle se retrouvent nombre de fonds spécialisés en créances à haut risque.

Plusieurs d'entre eux se sont placés sous la protection de la Loi sur les faillites.

Afin d'éviter que la crise des emprunts à risque élevé n'entraîne les marchés financiers dans un véritable krach, les banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque du Canada, ont injecté depuis la semaine dernière au-delà de 400 milliards de dollars US en liquidités dans le dessein d'arrêter l'hémorragie du crédit à risque.

On veut surtout éviter que cette crise monétaire se généralise et s'étende à l'ensemble de l'activité économique des pays industrialisés. Si on limite trop l'accès du crédit aux ménages et aux entreprises, l'économie risque d'entrer en récession

Devant l'ampleur de la crise, la Réserve fédérale américaine a décidé hier matin de rectifier le tir en abaissant son taux d'escompte d'un demi-point.

Que les marchés financiers purgent leurs excès, c'est en soi une bonne nouvelle pour tous les investisseurs. Mais il ne faut évidemment pas que la purge provoque une récession où le monde entier se retrouvera perdant.

La dernière grande purge financière remonte à l'éclatement de la bulle Internet, en 2001. Tous les investisseurs s'étaient retrouvés avec de lourdes pertes, toutes les caisses de retraite étaient dans le rouge et l'ensemble de l'économie mondiale avait été lourdement ébranlé.

Revenons à la correction des dernières semaines. Il est évident qu'elle fait très mal à nos portefeuilles. Et qu'on peut la qualifier de majeure. Mais est-elle suffisante?

Dans ma chronique du 3 mars dernier "Trois chinoiseries, une débandade", je mentionnais: «Au plan fondamental, il y a tout de même de multiples raisons qui justifient la débandade mondiale de mardi dernier (chute des grandes Bourses de 3,5%): selon l'ancien président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, les États-Unis seraient aux prises avec un risque de récession lié notamment à l'essoufflement du marché immobilier; les achats d'équipement par les entreprises américaines sont inférieurs aux attentes des analystes; les valeurs boursières cycliques étaient devenues très vulnérables à des prises de profits; la crainte d'un fort ralentissement de la croissance aux États-Unis gagne de plus en plus d'adeptes; l'euphorie économique chinoise ne peut perdurer indéfiniment; etc.»

Et par rapport aux récents sommets historiques des grands indices boursiers atteints à ce moment-là, je mentionnais qu'il faudrait idéalement une correction d'au moins 10% pour attirer de nouveau les vastes liquidités qui traînent dans les coffres des investisseurs institutionnels.

Le hic? Au printemps dernier, une correction de 10% devait ramener les indices boursiers nord-américains à 12 064 points pour la Bourse de Toronto et 11 500 points pour le Dow Jones.

Au plus creux de la tempête de jeudi dernier, le TSE a plongé à 12 463 points et le Dow Jones, à 12 517 points.

Comme vous pouvez le constater, le Dow Jones se négociait jeudi à quelque 1000 points (+8,8%) au-dessus de son creux «idéal» et le S&P/TSX à plus de 400 points (+3,3%).

Comme rien de fondamental (en dépit de la baisse de taux de la Réserve fédérale) n'a changé depuis le printemps dernier, la correction pourrait se poursuivre, théoriquement parlant.

Mais en Bourse, il n'y a pas que le «fondamental» qui compte. Il y a aussi le «mental» des gestionnaires de portefeuilles institutionnels et des gros investisseurs.

Et le «mental», lui, il est imprévisible. C'est ce qui explique d'ailleurs pourquoi les marchés sont extrêmement volatils, tant à la hausse qu'à la baisse.