Le marché québécois de la vente et de l'achat d'entreprises n'a jamais été aussi actif. Des entrepreneurs veulent vendre, d'autres cherchent à acheter. Des entreprises d'ici passent sous contrôle étranger. La Presse a interviewé des experts et des entrepreneurs, des acheteurs et des vendeurs. Voici le septième volet d'une série de huit textes sur les transferts d'entreprises.

Stéphane Champagne, collaboration spéciale LA PRESSE

Le manque de communication peut faire avorter n'importe quel transfert d'entreprise. Le dialogue entre le cédant et le repreneur est «important »,«essentiel», «primordial», selon les expressions utilisées par chacun des spécialistes auxquels nous avons parlé.

«C'est à mon avis la chose la plus importante. Et la plupart du temps, c'est le cédant qui est en cause. C'est lui qui refuse de s'ouvrir au dialogue», explique Jacques Deschênes, président de l'Institut québécois pour les familles en affaires.

L'ex-grand pat ron du Groupe Deschênes recommande donc aux chefs d'entreprises de se faire la main en matière de communication. «Formez un comité consultatif ou obligez-vous à avoir des réunions fréquentes avec le management. Ça développe le réflexe de la communication. Dans mon cas, ça m'a servi à préparer ma transition», dit-il.

Selon Johann Vallerand, professeure agrégée à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, la communication est «l'élément primordial» dans tout transfert d'entreprise. Ce qui explique, dit-elle, pourquoi 33% des échecs dans les cas de transfert sont liés à des problèmes humains. «La communication ne doit pas seulement être diffusée ; elle doit également être transmise et surtout, comprise », croit Mme Vallerand.

Par conséquent, chaque entreprise sur le point de changer de main devrait appliquer ce que la professeure appelle les quatre séquences de la communication. Ces séquences devraient s'étaler sur environ six mois, période durant laquelle le cédant devrait logiquement accompagner le repreneur.

Tout d'abord, le cédant doit annoncer qu'il compte se retirer pour laisser la place à quelqu'un d'autre. Bref, il doit expliquer sa démarche tant à ses employés, à ses clients, qu'à ses fournisseurs. Viennent ensuite la présentation du repreneur, puis le processus de prise en main de ce dernier. Enfin, le repreneur doit expliquer son plan stratégique, dit Johann Vallerand.

Communiquer lors d'un transfert d'entreprise est la chose la plus «essentielle», croit Michel Corriveau, associé chez Riocap et spécialiste en transfert d'entreprises depuis 15 ans. «Et pas juste entre le cédant et le repreneur, mais aussi entre les équipes de management respectives. Ça prend une communication à tous les niveaux», dit-il.

Michel Corriveau met d'ailleurs en garde les dirigeants qui auront à vivre un transfert d'entreprises. «Afin de rassurer les créanciers, il est souvent inscrit dans la transaction qu'il y aura une période de transition, et que le cédant sera là pour accompagner le repreneur pour une période déterminée. Or, il arrive trop souvent que ce ne soit pas respecté. Ou bien le cédant ne veut rien savoir ou bien c'est le repreneur qui coupe les vivres au cédant. Et tout d'un coup, plus personne ne se parle», déplore Michel Corriveau.