Vous vous apprêtez à approvisionner votre REER pour bénéficier de déductions d'impôt... Mais est-ce le bon moment? Auriez-vous intérêt à passer votre tour ? Voici quelques recommandations pour nourrir votre réflexion avant d'alimenter votre REER...

Publié le 8 févr. 2016
Didier Bert LA PRESSE

UN PLAFOND TOUJOURS PLUS HAUT

Vous pouvez cotiser jusqu'à 18 % de vos revenus d'emploi, avec un plafond de 24 930 $ pour l'année 2015, celle pour laquelle vous pouvez encore déduire vos cotisations jusqu'au 29 février 2016. Pour 2014, le plafond maximal s'élevait à 24 270 $. Mais vous pouvez outrepasser le plafond annuel en utilisant vos droits de cotisation des années précédentes non encore utilisés. Ces droits inutilisés sont indiqués sur votre dernier avis d'imposition. Vos cotisations peuvent même dépasser le total de vos droits, jusqu'à 2000 $, sans pénalité, précise Nathalie Tremblay, directrice principale en fiscalité au bureau de RCGT à Chicoutimi.

DES REVENUS À LA HAUSSE ?

« Si vos revenus de travail salarié ont connu un creux en 2015, il pourrait être judicieux d'attendre l'année prochaine pour déduire vos cotisations REER », suggère Nathalie Tremblay. Attention : rien ne vous empêche de cotiser ! Mais vous avez tout à fait la possibilité de garder vos droits de déduction pour une année ultérieure. Ainsi, si vous prévoyez des revenus en hausse cette année, vous pourrez déduire vos cotisations REER dans un an, quand votre taux d'imposition sera plus élevé : vous maximiserez votre économie d'impôt, poursuit Mme Tremblay.

DE NOUVEAUX TAUX D'IMPOSITION

Le changement des taux d'impôt, décidé par le nouveau gouvernement fédéral, peut avoir une influence sur l'utilisation de vos droits de cotisation. Les Canadiens ayant des revenus supérieurs à 200 000 $ verront leur taux marginal d'imposition passer de 29 % en 2015 à 33 % en 2016. Pour ces contribuables, mieux vaut donc attendre l'année prochaine pour déduire leurs cotisations REER de leurs revenus imposables, affirme Nathalie Tremblay. L'économie d'impôt en sera accrue. Inversement, les contribuables gagnant entre 45 282 $ et 90 563 $ verront leur taux marginal diminuer de 22 % à 20,5 % : à revenus inchangés, ils devraient déduire le maximum cette année.

PENSER AU CELI

« Avant de vous précipiter, vérifiez si le CELI serait plus approprié à votre situation », prévient Daniel Laverdière, directeur principal, Planification financière et service-conseil, Banque Nationale Gestion privée 1859. En 2015, le plafond annuel des dépôts au CELI est passé à 10 000 $, avant de revenir à la limite de 5500 $ en 2016. Comment choisir ? « La règle est simple : il faut prévoir votre taux d'imposition au moment où vous retirerez l'argent du CELI ou du REER, énonce Daniel Laverdière. Si votre taux d'imposition est plus élevé qu'aujourd'hui, privilégiez le CELI... Sinon, allez vers le REER. »

ALIMENTER LE REER DU CONJOINT ?

Devriez-vous alimenter votre REER ou celui de votre conjoint ? Cotiser à son REER permet de lui assurer des revenus de retraite. C'est aussi une façon d'optimiser l'imposition des retraits à l'avenir, si le conjoint prévoit avoir de plus faibles revenus que vous, puisque les sommes retirées seront moindrement taxées. En cas de divorce, les cotisations REER font partie du patrimoine familial : « Elles seront partagées au même titre que la maison », souligne Daniel Laverdière. Mais pour les conjoints de fait, les cotisations n'ont pas à être partagées. Et si l'argent est retiré du REER, les droits de cotisation ne réapparaîtront pas.

TIRER PROFIT DU RÉGIME D'EMPLOYEUR

D'ici au 31 décembre 2016, les entreprises de plus de 20 employés qui n'offrent pas de régime d'épargne retraite - tel qu'un REER collectif - devront mettre en place un Régime volontaire d'épargne retraite (RVER). Certes, l'employeur n'est pas tenu de cotiser à ce régime : il doit simplement permettre aux employés qui le souhaitent d'en profiter. En fait, l'intérêt de tels régimes est de prélever directement la cotisation de l'employé sur son salaire, mais surtout de lui faire bénéficier immédiatement de l'économie d'impôt qui est associée à cette contribution, souligne Nathalie Tremblay. « L'impôt n'est pas retenu sur le salaire », précise-t-elle.

NE PAS OUBLIER LA RENTE VIAGÈRE

À leur retraite, la plupart des gens convertissent leur REER en Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). « Songez à en convertir une partie en rente viagère », suggère Daniel Laverdière. Pourtant, la faiblesse actuelle des taux d'intérêt ne milite pas en faveur de cette option. « Il ne faut pas acheter une rente viagère pour son taux d'intérêt, précise M. Laverdière, mais pour se protéger de l'inconnu. Si vous décédez tôt, vos rendements seront forcément peu intéressants... Mais si vous vivez longtemps, vous bénéficierez d'un revenu à vie, avec un rendement bien meilleur que n'importe quel certificat de placement garanti (CPG). »

Photo fournie par RCGT

Nathalie Tremblay, directrice principale en fiscalité au bureau de RCGT à Chicoutimi.